Inflation et Pouvoir d'Achat : L'Europe sous Tension. Comment le Pacte de Stabilité Impacte 2026.
L'Europe Face à la Déflation : Une Nouvelle Forme de Crise ?
L'ombre de la stagflation s'estompe, mais l'Europe post-crise fait face à un nouveau défi macroéconomique : une inflation persistante, bien que décroissante, qui ronge implacablement le pouvoir d'achat des ménages. Loin d'être un simple phénomène statistique, cette dynamique engendre une tension sociale et politique majeure, remettant en question la capacité de la zone euro à conjuguer rigueur budgétaire et soutien à la croissance.
La Banque Centrale Européenne (BCE), ayant mené une politique de resserrement monétaire agressive pour maîtriser l'envolée des prix, récolte des fruits mitigés. Si le taux d'inflation global est en reflux par rapport à ses sommets de 2022, l'inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires non transformés) reste dangereusement élevée. Elle reflète la persistance des chocs de coûts dans les services et les salaires, signalant que la spirale inflationniste est loin d'être éteinte.
Le paradoxe est cruel : la rigueur monétaire, nécessaire pour ramener la stabilité des prix, freine mécaniquement l'investissement et la consommation, facteurs essentiels d'une croissance robuste. Les ménages se trouvent pris en étau entre des taux d'intérêt élevés sur les crédits (logement, consommation) et la permanence des prix élevés sur les produits de première nécessité.
Le Piège du Pacte de Stabilité : La Rigueur Budgétaire en Ligne de Mire
Le véritable point de friction pour l'horizon 2026 réside dans l'application révisée du Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC). Après une "pause" liée à la crise sanitaire, les États membres de l'Union européenne doivent impérativement revenir sous la barre des 3% de déficit public et des 60% de dette publique du PIB, ou s'engager sur une trajectoire de réduction claire.
Cette réactivation du PSC, même avec une nouvelle flexibilité introduite par les plans budgétaires nationaux à moyen terme, est perçue par de nombreux analystes comme une menace pour le pouvoir d'achat.
- Réduction des dépenses publiques : Pour respecter les objectifs du PSC, les gouvernements devront inévitablement procéder à des coupes budgétaires, potentiellement dans les services publics (santé, éducation) ou les transferts sociaux (aides au logement, prestations familiales). Ces coupes impactent directement le filet de sécurité des ménages les plus vulnérables.
- Hausse de la fiscalité : L'autre levier est l'augmentation des impôts et des taxes pour générer des recettes. Une fiscalité accrue sur les entreprises ou les ménages réduit leur capacité à investir ou à consommer, alimentant le cercle vicieux du ralentissement économique.

L'enjeu est donc de taille : comment les États, notamment la France et l'Italie, qui affichent des niveaux d'endettement très supérieurs à la limite, vont-ils pouvoir consolider leurs finances sans briser la dynamique de l'emploi et sans aggraver la situation des classes moyennes ? La réponse réside dans la qualité de l'ajustement budgétaire, privilégiant les réformes structurelles (marché du travail, simplification administrative) aux simples coupes "à la hache".
La Croissance 2026 : Le Scénario du Ralentissement Contrôlé
Pour 2026, les prévisions économiques penchent vers un ralentissement de la croissance européenne, mais avec l'espoir qu'il soit "contrôlé". Le facteur déterminant sera la vitesse à laquelle la BCE pourra se permettre d'assouplir sa politique monétaire.
Si l'inflation est jugulée plus rapidement que prévu (revenant vers l'objectif de 2%), des baisses de taux pourraient intervenir, stimulant l'investissement et redonnant de l'air aux marchés du crédit et de l'immobilier. Cependant, le risque est que l'Europe bascule dans un scénario de faible croissance prolongée, à l'image du Japon, si la demande interne ne redémarre pas.
Un autre défi majeur est la compétitivité européenne face aux géants américains et asiatiques. La transition énergétique, la guerre en Ukraine et la dépendance énergétique ont exposé les faiblesses du modèle industriel européen. Les dépenses publiques, désormais encadrées par le PSC, devront être massivement réorientées vers l'investissement stratégique (intelligence artificielle, transition verte) pour ne pas sacrifier l'avenir au profit d'un équilibre comptable immédiat.
