BioMérieux confronté aux premiers effets des droits de douane américains
Le groupe français BioMérieux, leader des tests médicaux et acteur majeur de la santé mondiale, se retrouve en pleine tourmente économique. L’imposition de nouveaux droits de douane sur ses produits exportés vers les États-Unis commence à fragiliser son modèle, alors que le pays représente près de 45% de son chiffre d’affaires. Une situation qui illustre l’impact direct de la politique commerciale américaine sur les industries médicales européennes.
Une dépendance structurelle au marché américain
Fondée il y a plus de 60 ans, BioMérieux s’est imposée comme une référence mondiale dans le diagnostic in vitro, indispensable pour la détection et le suivi des maladies infectieuses. Depuis plusieurs années, le marché américain constitue la pierre angulaire de son développement, avec des partenariats établis auprès de grands hôpitaux et laboratoires publics de recherche. Selon ses chiffres officiels, près d’un euro sur deux est aujourd’hui généré outre-Atlantique.
Les sanctions douanières de l’administration Trump
Début 2025, l’administration Trump, revenue en force à la Maison-Blanche, a relancé une politique agressive de protection commerciale. Considérant que les entreprises étrangères bénéficient d’avantages concurrentiels «inéquitables», Washington a élargi son arsenal de taxes sur plusieurs secteurs, y compris le médical. Résultat : les produits de BioMérieux importés aux États-Unis subissent désormais des surtaxes de 15 à 20%.
Premiers effets mesurables
Dès le deuxième semestre 2025, BioMérieux a constaté un ralentissement significatif de ses ventes aux États-Unis. Face à la hausse des prix finaux, plusieurs distributeurs américains ont réduit leurs commandes. Les hôpitaux, déjà confrontés à des contraintes budgétaires sévères, hésitent à payer plus cher pour des réactifs dont l’équivalent local est proposé à moindre coût, même parfois au détriment de la fiabilité.

Stratégie de résistance du groupe
Pour faire face, BioMérieux mise sur trois axes : réorganisation logistique, transfert partiel de la production locale vers ses sites américains, et diversification géographique. Le groupe tente d’accélérer sa présence en Asie, notamment en Chine et en Inde, où la demande explose depuis la pandémie. Par ailleurs, une partie de l’innovation R&D est réorientée pour répondre à des appels d’offres européens renforcés par le plan Santé 2030 de l’Union.
Les enjeux pour l’industrie française
Le cas BioMérieux illustre le dilemme auquel les champions français de la santé doivent désormais faire face : comment rester compétitifs lorsque la première puissance économique mondiale utilise ses frontières comme barrière protectionniste? Pour la France, qui nourrit des ambitions d’indépendance médicale, cette situation résonne comme une alerte. Des voix au sein du gouvernement plaident déjà pour des mesures européennes équivalentes, au risque d’enclencher une nouvelle escalade commerciale transatlantique.
Perspectives
Le conseil d’administration de BioMérieux reste confiant sur le long terme, mais reconnaît que l’année 2025 sera «tendue». Si la pression douanière se maintient, le groupe pourrait être contraint à réduire ses marges ou à revoir sa stratégie d’implantation. Pour ses actionnaires, l’équilibre s’annonce fragile entre maintien de la rentabilité et préservation de ses parts de marché américaines.
