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Taxe Zucman enterrée : arbitrages et tabous de la fiscalité française

Le 17 juillet 2025, le gouvernement annonce officiellement l’abandon définitif de la « taxe Zucman », projet d’impôt minimum sur le patrimoine initialement défendu par l’économiste Gabriel Zucman. La nouvelle tombe dans un climat économique tendu et déclenche dans le pays un vaste débat sur la fiscalité des riches, la redistribution, et la capacité – ou la volonté – de l’État français à innover en matière de justice fiscale.

Une réforme très débattue, puis abandonnée dans un relatif silence

Depuis trois ans, la « taxe Zucman » avait cristallisé de nombreux espoirs à gauche et de fortes inquiétudes à droite : un prélèvement universel, fondé sur le patrimoine réel, visant à réduire l’optimisation fiscale extrême et à renforcer l’équité devant l’impôt. Mais entre la pression des lobbies, la fragilité de la conjoncture et les craintes d’une fuite massive des capitaux, l’exécutif, tout en retenant la contribution différentielle sur les hauts revenus et quelques mesures ciblant la sur-optimisation, renonce à aller plus loin.

Pour l’opinion publique, la volte-face s’accompagne d’un certain fatalisme. “On nous promet la transparence et la moralisation, mais l’impôt minimum sur la fortune reste un tabou français”, déplore une sénatrice écologiste.

Les hauts revenus sortent-ils renforcés ?

Le choix de se limiter à la CDHR, réforme médiatique mais moins ambitieuse dans ses effets, est perçu par certains économistes comme une victoire du statu quo. Le rapport Zucman écarté, le patrimoine des ultra-riches conserve sa relative protection, même si quelques niches ont été supprimées. Les associations citoyennes dénoncent une “France qui n’ose pas”, alors que syndicats patronaux saluent un “signal positif envers la stabilité et l’investissement des élites économiques”.

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L’Europe, la question du capital, et le miroir international

Le rejet de la taxe Zucman a des échos au niveau européen. Bruxelles encourage des convergences mais peine à imposer un modèle commun : l’Allemagne reste prudente, tandis que les pays nordiques expérimentent et que l’Italie tergiverse. L’échec français interroge sur la capacité de l’UE à avancer vers une fiscalité plus homogène sur le capital, alors que la lutte contre l’optimisation fiscale mondiale progresse par à-coups.

Vers quel compromis ?

Le gouvernement défend un pragmatisme : agir par étapes, éviter les chocs de confiance, préserver l’attractivité hexagonale. Cela se traduit, pour l’instant, par une politique du « petit pas » : ajustement des seuils, traque des paradis fiscaux les plus flagrants, numérique au service du contrôle. Pour les partisans de Zucman, il ne s’agit ni de morale, ni de théorie, mais d’une nécessité budgétaire et démocratique à l’heure où les inégalités se creusent et où le consentement à l’impôt s’effrite.

La France à l’heure du choix fiscal

La question de la justice fiscale n’est pas morte : elle irrigue la présidentielle qui s’annonce, traverse les rangs des partis, et agitera durablement le débat public. Une chose est sûre : l’abandon de la taxe Zucman, loin de clore le sujet, marque le retour en force de la fiscalité comme totem du projet républicain.

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