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Syrie : accord énergétique de 7 milliards de dollars pour réhabiliter le secteur électrique

Syrie : accord énergétique de 7 milliards de dollars pour réhabiliter le secteur électrique

Introduction

Le 29 mai 2025, la Syrie a signé un accord énergétique historique de 7 milliards de dollars avec un consortium international, dans l’objectif de réhabiliter un secteur électrique ravagé par plus de treize années de guerre. Ce projet, qui prévoit la production de 5 000 mégawatts – soit 50 % des besoins du pays –, marque une étape majeure dans la reconstruction du pays. Mais il soulève aussi de nombreuses questions : qui sont les acteurs derrière ce contrat ? Quels sont les enjeux économiques, politiques et géopolitiques ? Et la population syrienne, épuisée par les coupures de courant et la précarité, peut-elle vraiment espérer un retour à la normale ?

Un secteur électrique à l’agonie

Depuis 2011, la guerre civile syrienne a détruit une grande partie des infrastructures du pays. L’électricité, pilier de la vie moderne, n’a pas échappé à ce désastre : centrales bombardées, réseaux de distribution sabotés, pénuries de carburant, exode des ingénieurs et des techniciens. Dans de nombreuses régions, l’accès à l’électricité est limité à quelques heures par jour, voire inexistant. Les hôpitaux, les écoles, les entreprises et les foyers vivent au rythme des générateurs, des coupures et des improvisations.

La situation est particulièrement critique dans les villes de l’est et du nord, mais même Damas, la capitale, n’est pas épargnée. Les Syriens ont vu leur quotidien bouleversé : « Nous vivons dans le noir, littéralement et symboliquement », confie Rana, enseignante à Homs. « L’électricité, c’est la vie : sans elle, rien ne fonctionne. »

Les contours de l’accord

L’accord signé à Damas réunit le gouvernement syrien, plusieurs entreprises russes et chinoises, et un consortium d’investisseurs du Golfe. Il prévoit la réhabilitation de centrales existantes, la construction de nouvelles unités de production (thermiques, solaires et hydrauliques), la modernisation du réseau de distribution et la formation de personnels locaux.

Le projet s’étalera sur cinq ans et mobilisera plus de 10 000 emplois directs et indirects. Il inclut également un volet « énergie verte », avec la construction de fermes solaires dans le désert syrien, une première dans la région.

Les enjeux économiques

Pour le gouvernement syrien, cet accord est un signal fort : il s’agit de prouver que la Syrie est capable d’attirer des investissements étrangers et de relancer son économie. Le secteur électrique est vu comme un levier de reconstruction, mais aussi comme un outil de légitimation politique.

Les entreprises russes et chinoises, déjà très présentes dans les secteurs du pétrole, du gaz et des infrastructures, consolident ainsi leur position stratégique. Les investisseurs du Golfe, quant à eux, cherchent à diversifier leurs actifs et à renforcer leur influence dans une région en recomposition.

Les enjeux géopolitiques

L’accord énergétique s’inscrit dans un contexte régional tendu. La Syrie, isolée sur la scène internationale, compte sur ses alliés traditionnels (Russie, Iran, Chine) pour contourner les sanctions occidentales. Les États-Unis et l’Union européenne, qui maintiennent un embargo sur de nombreux secteurs, voient d’un mauvais œil ce rapprochement avec les puissances rivales.

Pour la Russie, ce contrat est une victoire diplomatique : il confirme son statut de protecteur du régime syrien et lui assure des débouchés économiques à long terme. La Chine, de son côté, avance ses pions dans le cadre de la « Nouvelle route de la soie » et cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques.

Les défis de la mise en œuvre

Malgré l’enthousiasme affiché, la réussite du projet n’est pas garantie. La situation sécuritaire reste instable dans de nombreuses régions, où des groupes armés, y compris l’État islamique, continuent de mener des attaques. Les infrastructures sont souvent situées dans des zones contestées, rendant les travaux périlleux.

La corruption, la bureaucratie et le manque de main-d’œuvre qualifiée sont d’autres obstacles majeurs. Les ONG et les experts internationaux s’inquiètent également du respect des normes environnementales et sociales, dans un pays où la transparence est loin d’être acquise.

Les attentes de la population

Pour les Syriens, l’accord suscite autant d’espoir que de scepticisme. « On nous a déjà promis la lumière, mais on attend toujours », soupire Ahmad, commerçant à Alep. « Si le courant revient, ce sera une révolution dans notre vie quotidienne. » Les associations de consommateurs réclament des garanties sur le prix de l’électricité, la priorité donnée aux besoins des civils et la lutte contre les coupures arbitraires.

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Les ONG, quant à elles, insistent sur la nécessité d’inclure les populations déplacées et les régions marginalisées dans le plan de reconstruction, afin d’éviter une nouvelle fracture sociale.

Témoignages et regards croisés

Omar, ingénieur électricien à Damas : « Nous avons les compétences, mais il faut des moyens et de la stabilité. »

Sarah, responsable d’ONG : « La reconstruction ne doit pas être un prétexte à l’exclusion ou à la corruption. Il faut impliquer la société civile. »

Expert en énergie, Beyrouth : « Cet accord est une étape, mais la Syrie a besoin d’une vision globale pour son avenir énergétique. »

Perspectives et enjeux pour l’avenir

La réussite de l’accord dépendra de la capacité des acteurs à surmonter les obstacles politiques, sécuritaires et techniques. Il s’agira aussi de garantir la transparence, l’équité et la durabilité du projet, dans l’intérêt de l’ensemble de la population syrienne.

À plus long terme, la question énergétique est indissociable de la paix, de la réconciliation et du développement. La Syrie, riche en ressources et en talents, peut-elle redevenir un pôle régional ? Ou restera-t-elle prisonnière de ses divisions et de ses dépendances ?

Conclusion

L’accord énergétique de 7 milliards de dollars signé par la Syrie est un pari sur l’avenir, entre reconstruction, enjeux géopolitiques et attentes sociales. Pour les Syriens, la lumière au bout du tunnel reste à conquérir, mais l’espoir renaît.

 

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