Opep+ : la hausse surprise de la production malgré la chute des prix bouleverse l’équilibre pétrolier mondial
L’Opep+ a pris de court les marchés pétroliers samedi 3 mai 2025 en annonçant une nouvelle hausse de production, alors même que les prix mondiaux du brut sont en forte baisse depuis le début de l’année. L’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres du cartel ont décidé de mettre sur le marché 411 000 barils supplémentaires par jour, une stratégie qui fait déjà trembler les acteurs du secteur et qui pourrait bien rebattre les cartes du marché mondial de l’énergie. Cette décision intervient dans un contexte de ralentissement économique global, de demande énergétique en berne et de pressions croissantes sur les finances publiques de nombreux pays producteurs.
Le prix du baril de Brent, déjà tombé sous la barre des 75 dollars, a encore reculé après l’annonce, atteignant son plus bas niveau depuis près de deux ans. Cette chute des prix est alimentée par la crainte d’une guerre des prix entre les grands producteurs, rappelant le choc de 2020 lorsque la pandémie de Covid-19 avait provoqué une dégringolade historique des cours. Pour l’Opep+, il s’agit de préserver ses parts de marché face à la montée en puissance des producteurs américains de pétrole de schiste et à la concurrence croissante de l’Iran, qui a augmenté ses exportations depuis l’assouplissement de certaines sanctions internationales.
L’Arabie saoudite, moteur du cartel, mise sur une stratégie de volume pour compenser la baisse des recettes unitaires, mais prend le risque d’accentuer la volatilité des marchés et de fragiliser les économies les plus dépendantes du pétrole. La Russie, confrontée à des sanctions occidentales et à un isolement croissant sur la scène internationale, a également intérêt à maintenir des volumes élevés pour soutenir ses finances publiques, même au prix d’une baisse des prix.

Les réactions internationales n’ont pas tardé. Les États-Unis ont appelé à la « responsabilité » pour éviter une déstabilisation du marché mondial, tandis que plusieurs pays africains membres de l’Opep s’inquiètent de la soutenabilité de leurs budgets nationaux, déjà mis à mal par la baisse des revenus pétroliers. Les investisseurs redoutent des conséquences sur l’inflation, déjà sous pression, et sur la transition énergétique, alors que la baisse des prix du pétrole pourrait freiner les investissements dans les énergies renouvelables.
Certains experts évoquent même le spectre d’une crise pétrolière mondiale si la demande ne repart pas rapidement à la hausse. La Chine, principal moteur de la demande mondiale, affiche des signes de ralentissement économique, tandis que l’Europe continue de réduire sa consommation de pétrole au profit du gaz et des énergies vertes. Dans ce contexte, la décision de l’Opep+ apparaît comme un pari risqué, à l’heure où la planète s’interroge sur la pérennité du modèle pétrolier face aux défis climatiques et à la montée des alternatives.
La stratégie de l’Opep+ pourrait aussi s’avérer contre-productive à moyen terme. En inondant le marché de pétrole bon marché, le cartel risque d’accélérer la transition énergétique dans les pays développés, qui voient dans la volatilité des prix un argument supplémentaire pour investir massivement dans les renouvelables. À court terme, cependant, la baisse des prix pourrait soulager les économies importatrices et offrir un ballon d’oxygène aux consommateurs, mais elle fragilise les équilibres budgétaires des États producteurs.
Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l’impact de cette stratégie sur l’équilibre économique et géopolitique mondial. Si la demande repart, l’Opep+ pourrait avoir réussi son pari. Mais si la surabondance d’offre persiste, le cartel devra peut-être revoir sa copie pour éviter une crise durable du secteur pétrolier. Dans tous les cas, cette décision marque un tournant dans l’histoire du marché mondial de l’énergie et pose la question de la gouvernance future de l’Opep+ à l’heure de la transition énergétique et des bouleversements géopolitiques.
