Mobilisation agricole : les agriculteurs français appellent à de nouvelles actions
Une colère qui ne faiblit pas
Le 16 mai 2025, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, principaux syndicats agricoles français, ont annoncé une nouvelle vague de mobilisation à partir du 26 mai. Cette décision intervient alors que l’Assemblée nationale doit examiner une proposition de loi visant à lever certaines contraintes réglementaires pesant sur le métier d’agriculteur. Les représentants du monde agricole dénoncent un « sentiment de trahison » face à des promesses jugées non tenues par le gouvernement et réclament des mesures concrètes pour assurer la survie de la profession.
Les racines de la crise
Depuis plusieurs années, les agriculteurs français font face à une accumulation de difficultés : baisse des revenus, concurrence internationale, normes environnementales de plus en plus strictes, hausse des coûts de production (énergie, engrais, carburant) et pression des grandes surfaces sur les prix. La crise du lait, les importations de produits à bas prix et la volatilité des marchés mondiaux ont fragilisé des milliers d’exploitations, en particulier dans les zones rurales et les filières les plus exposées.
Les réformes successives de la PAC (Politique agricole commune) ont parfois accentué le malaise, en privilégiant les grandes exploitations au détriment des petites et moyennes fermes. De nombreux agriculteurs dénoncent une « bureaucratie étouffante » et un manque de reconnaissance de leur rôle dans l’alimentation, la gestion des paysages et la transition écologique.
Les revendications du monde agricole
Face à cette situation, les syndicats agricoles ont formulé plusieurs revendications :
La simplification des normes et des procédures administratives.
La revalorisation des prix payés aux producteurs, notamment dans le cadre des négociations commerciales avec la grande distribution.

Un soutien accru à la transition écologique, avec des aides pour l’investissement dans l’agroécologie, l’irrigation durable et la diversification des cultures.
La protection contre la concurrence déloyale des produits importés ne respectant pas les normes européennes.
La reconnaissance du métier d’agriculteur comme « métier d’utilité publique », avec des mesures pour favoriser l’installation des jeunes et la transmission des exploitations.
Une mobilisation qui prend de l’ampleur
Les actions prévues à partir du 26 mai devraient prendre la forme de blocages de routes, de manifestations devant les préfectures et de « coupures symboliques » de supermarchés. Les agriculteurs entendent alerter l’opinion publique sur la précarité de leur situation et obtenir des engagements fermes du gouvernement.
La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs appellent à une mobilisation « massive, mais responsable », insistant sur la nécessité de préserver le dialogue avec les pouvoirs publics tout en mettant la pression sur les décideurs.
Le gouvernement sous pression
Le gouvernement, déjà confronté à des tensions sociales dans d’autres secteurs (santé, éducation, énergie), redoute une flambée de la contestation agricole. Le ministre de l’Agriculture a promis des annonces « dans les prochains jours », mais les syndicats restent prudents. Ils rappellent que les précédentes promesses, notamment sur la simplification administrative et la revalorisation des prix, sont restées lettre morte.
L’exécutif mise sur l’examen de la proposition de loi à l’Assemblée pour apaiser les tensions, mais les agriculteurs réclament des mesures immédiates et concrètes.
Les enjeux pour la société française
Au-delà du monde agricole, la crise touche l’ensemble de la société. L’alimentation, la souveraineté alimentaire, la gestion des territoires ruraux et la transition écologique sont des enjeux majeurs pour l’avenir de la France. La montée des importations, la fermeture de milliers de fermes et la disparition des savoir-faire traditionnels inquiètent de nombreux citoyens.
Les consommateurs, de plus en plus sensibles à la qualité et à l’origine des produits, soutiennent majoritairement les revendications des agriculteurs, tout en exigeant des garanties sur l’environnement et le bien-être animal.
Vers un nouveau pacte agricole ?
La mobilisation actuelle pourrait déboucher sur un « pacte agricole » renouvelé, associant producteurs, consommateurs, pouvoirs publics et acteurs économiques. L’objectif serait de garantir des revenus décents aux agriculteurs, de favoriser une agriculture durable et de renforcer le lien entre ville et campagne.
Des initiatives locales, comme les circuits courts, les coopératives et les labels de qualité, montrent qu’il est possible de réinventer le modèle agricole français. Mais un engagement fort de l’État et de l’Europe sera indispensable pour accompagner cette transition.
Conclusion : un secteur en quête de reconnaissance et d’avenir
La mobilisation des agriculteurs français témoigne d’un profond malaise, mais aussi d’une volonté de défendre un métier essentiel à la société. À l’heure des défis climatiques, alimentaires et sociaux, l’agriculture doit être considérée comme un pilier de l’avenir national. Le rendez-vous du 26 mai sera décisif pour l’avenir du secteur et pour la capacité du pays à répondre aux attentes de ses territoires.
