Chine : la baisse de croissance menace-t-elle l’équilibre mondial ?
La Chine, longtemps moteur de la croissance mondiale, traverse en 2025 une période de ralentissement économique qui suscite de vives inquiétudes sur la scène internationale. Après des décennies de croissance à deux chiffres, le géant asiatique doit désormais composer avec une expansion plus modérée, des défis structurels et une pression géopolitique croissante. Cette nouvelle donne remet-elle en cause l’équilibre économique et stratégique du monde ? Analyse.
Un ralentissement confirmé et structurel
Selon les dernières données du Bureau national des statistiques chinois, la croissance du PIB s’est établie à 5,4 % au premier trimestre 2025, mais les prévisions pour le second trimestre tablent sur un repli à 4,1 %. Ce ralentissement s’explique par plusieurs facteurs :
Vieillissement de la population : la transition démographique réduit la main-d’œuvre disponible et pèse sur la consommation.
Endettement massif : les collectivités locales et les entreprises publiques sont confrontées à une dette colossale, freinant l’investissement productif.
Crise immobilière persistante : le secteur de la construction, longtemps pilier de la croissance, est en crise profonde, avec des faillites en cascade et un effondrement des prix dans certaines métropoles.
Contexte international tendu : la guerre commerciale avec les États-Unis, les sanctions technologiques et la fragmentation des chaînes de valeur mondiales limitent les exportations et l’accès aux technologies de pointe.
Conséquences pour l’économie mondiale
La Chine représente près de 18 % du PIB mondial et demeure le premier partenaire commercial de nombreux pays. Son ralentissement a des effets en cascade :
Baisse de la demande de matières premières : les exportateurs (Australie, Brésil, Afrique) voient leurs recettes diminuer.
Fragilisation des économies émergentes : de nombreux pays dépendent des investissements et du tourisme chinois.
Ralentissement du commerce mondial : la croissance des échanges est tombée à 2,1 % en 2025, contre 4 % en moyenne sur la décennie précédente.
Pression sur les marchés financiers : la volatilité des indices boursiers asiatiques se propage aux places occidentales, notamment en cas de mauvaises nouvelles sur le secteur immobilier ou bancaire chinois.
Les réponses de Pékin : relance et recentrage
Face à ces défis, le gouvernement chinois a annoncé un plan de soutien massif à la consommation intérieure, la poursuite de la politique d’innovation technologique (IA, semi-conducteurs, énergies vertes) et la réforme du secteur public. La Banque populaire de Chine a abaissé ses taux directeurs et facilité l’accès au crédit pour les PME. Toutefois, la marge de manœuvre reste limitée par la nécessité de contenir l’inflation et d’éviter une fuite des capitaux.

Impacts géopolitiques : vers une nouvelle rivalité ?
Le ralentissement de la croissance chinoise fragilise la position de Pékin sur la scène internationale.
Moins de moyens pour la diplomatie du chéquier : les investissements dans les Nouvelles routes de la soie ralentissent, ce qui ouvre la voie à une concurrence accrue avec les États-Unis et l’Europe en Afrique et en Asie.
Tensions régionales : pour compenser les difficultés internes, le pouvoir pourrait être tenté de renforcer le nationalisme, notamment sur la question de Taïwan ou en mer de Chine méridionale.
Redéfinition des alliances : certains pays, inquiets de la dépendance à la Chine, cherchent à diversifier leurs partenaires (Inde, ASEAN, Afrique).
L’Europe et les États-Unis à l’affût
Pour les économies occidentales, la situation chinoise est à la fois une menace (baisse des exportations, instabilité financière) et une opportunité (relocalisation industrielle, développement de nouvelles filières stratégiques). Les États-Unis poursuivent leur politique de « découplage » technologique, tandis que l’Union européenne mise sur la « dé-risking » pour réduire sa vulnérabilité vis-à-vis de Pékin.
Scénarios pour l’avenir
Trois scénarios se dessinent pour les prochaines années :
Atterrissage en douceur : la Chine parvient à réformer son modèle, à stabiliser la croissance autour de 4 % et à maintenir sa place dans le concert mondial.
Crise systémique : une crise immobilière ou bancaire majeure provoque une récession et une onde de choc mondiale.
Rebond par l’innovation : la montée en puissance des secteurs technologiques et verts permet à la Chine de retrouver un rythme de croissance plus soutenu.
Conclusion : un test pour l’équilibre mondial
Le ralentissement de la Chine constitue un test décisif pour l’économie et la géopolitique mondiales. Sa capacité à gérer cette transition, à innover et à maintenir la stabilité interne déterminera l’équilibre du XXIe siècle. Les autres puissances doivent s’adapter à cette nouvelle donne, entre rivalité et coopération.
