Le Crépuscule des Armes, l’Aube du Droit : Pour un Nouveau Printemps des Nations
Par Christian Sabba Wilson Auteur et Éditorialiste
Le Cri du Monde : Une architecture en péril
En ce début d’année 2026, le monde ne se contente plus de gronder ; il hurle. Des plaines calcinées de l’Europe de l’Est aux sables mouvants du Sahel, jusqu’aux tensions électriques du Pacifique, la force brute semble être redevenue l’unique grammaire des États. Nous assistons, presque impuissants, à ce que l'historien Arnold Toynbee appelait le « temps des troubles », une période où les institutions créées pour conjurer le chaos s'étiolent sous les coups de boutoir des égoïsmes nationaux.
L’Organisation des Nations Unies (ONU), cette « vieille dame » née des cendres fumantes de 1945, est aujourd’hui brocardée, paralysée par des veto anachroniques et délaissée par ceux-là mêmes qui l'ont portée sur les fonts baptismaux. Pourtant, l’heure n’est plus au cynisme, mais à la résurrection. Redorer le blason de l’ONU n’est pas une utopie romantique ; c’est une nécessité vitale. Car entre la diplomatie de la force et la négociation du droit, il n’y a pas seulement une différence de méthode, il y a la survie de la civilisation.
I. Le Pivot de l’Espoir : L’ONU, de la paralysie à la mutation
L’ONU a été conçue comme un pivot. Non pas comme un gouvernement mondial, mais comme un espace de neutralisation des passions. Aujourd'hui, on l'accuse d'impuissance. Mais l'impuissance de l'ONU n'est que le reflet de l'absence de volonté de ses États membres.
Il est temps de réformer le Conseil de Sécurité pour qu'il ne soit plus le club privé des vainqueurs d'une guerre terminée il y a 80 ans. L'entrée de nouvelles puissances émergentes, la limitation du droit de veto en cas de crimes de masse et le renforcement des pouvoirs de l'Assemblée Générale sont les piliers de cette refondation. La paix ne peut être dictée par un directoire ; elle doit être négociée par un parlement des nations. Comme le soulignait Dag Hammarskjöld : « L’ONU n’a pas été créée pour mener l’humanité au paradis, mais pour lui éviter l’enfer. » Aujourd'hui, l'enfer frappe à la porte, et seule une institution multilatérale renforcée peut la verrouiller.

II. La Négociation contre la Force : La Leçon de Thucydide
Depuis l’Antiquité, le dialogue entre le fort et le faible est biaisé. Dans la « Guerre du Péloponnèse », Thucydide rapportait que « les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles subissent ce qu’ils doivent ». Cette logique de puissance pure est celle qui mène inévitablement à l'autodestruction nucléaire ou climatique.
Le rôle des grands organismes paritaires internationaux — de l'ONU à l'OSCE, en passant par les agences de régulation nucléaire — est de renverser cette table. Négocier n'est pas capituler. Au contraire, c'est l'exercice suprême de l'intelligence politique. C'est transformer un conflit à somme nulle en une coopération à bénéfice partagé. La force est une solution à court terme ; le droit est une architecture pour l'éternité. En 2026, face à des défis qui ne connaissent pas de frontières (pandémies, IA, dérèglement climatique), la force est devenue techniquement obsolète pour régler les problèmes systémiques.
III. La Position Française : Un phare dans la tempête
Dans ce concert de désolation, la position de la France est non seulement louable, elle est exemplaire. Fidèle à sa tradition de "puissance d'équilibre", la France refuse l'alignement aveugle et la logique des blocs. Que ce soit par ses initiatives au Proche-Orient, son soutien à une souveraineté européenne non agressive ou son plaidoyer constant pour un multilatéralisme efficace, Paris porte une voix qui résonne au-delà de sa puissance militaire.
La France comprend que le rayonnement d'une nation en 2026 ne se mesure pas au nombre de ses ogives, mais à sa capacité à être un "médiateur intègre". En soutenant l'ONU et en appelant à une réforme de la gouvernance mondiale, la France défend l'idée que la paix est un bien public mondial. C'est cette "hauteur de vue" qui fait de la diplomatie française un pivot indispensable, capable de parler à Washington comme à Pékin, à New Delhi comme à Pretoria.
IV. Pour une Économie de la Paix
Le redressement de l'ONU passe aussi par le volet économique. Les organismes paritaires doivent investir le champ de la justice sociale mondiale. Il ne peut y avoir de paix durable sur une planète où 1 % de la population possède plus que les 99 % restants. L'ONU de demain doit être celle de la redistribution des savoirs, de la technologie verte et de la stabilité monétaire. Le multilatéralisme doit devenir "concret" : c'est par l'eau, le pain et l'énergie que nous bâtirons la confiance entre les peuples, et non par des traités de papier.
V. Conclusion : L’Impératif de la Volonté
En tant qu’éditorialiste, je pose ici un constat de gravité mais aussi de ferveur. Redorer le blason de l’ONU, c’est redonner aux hommes une raison d’espérer en leur propre humanité. La négociation n'est pas l'arme des faibles, c'est l'outil des sages.
L'ONU doit redevenir le centre de gravité où les bruits de bottes s'effacent devant le murmure des diplomates. La route est longue, les résistances sont féroces, mais il n'y a pas d'alternative. Soit nous acceptons de vivre sous la loi du plus fort, et nous périrons ensemble ; soit nous choisissons la force de la loi, et nous bâtirons, enfin, cette paix que Christian Sabba Wilson appelle de ses vœux : une paix de dignité, une paix de respect, une paix de raison.
Le temps est venu. Ne laissons pas le futur s'écrire sans nous.
