Philippines : Rodrigo Duterte, détenu par la CPI, remporte une élection municipale
Le 13 mai 2025, un événement inédit secoue la scène politique internationale : Rodrigo Duterte, ancien président des Philippines et actuellement détenu par la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, a remporté une élection municipale dans sa ville natale de Davao. Cette victoire, obtenue alors qu’il est sous le coup de plusieurs chefs d’accusation pour crimes contre l’humanité, interroge sur la force de l’attachement populaire, la complexité du droit international et la résilience des systèmes démocratiques face à la personnalisation du pouvoir.
Un scrutin hors norme
Malgré son incarcération, Rodrigo Duterte a pu se présenter grâce à une disposition du droit philippin qui n’interdit pas à un citoyen en détention préventive de briguer un mandat local. Sa campagne, menée à distance par ses partisans et sa famille, a mis en avant son bilan sécuritaire, sa lutte contre la drogue et la corruption, et son image d’homme fort.
Les résultats officiels, publiés le 13 mai au soir, donnent Duterte vainqueur avec 58 % des voix, devant deux candidats de l’opposition. Les électeurs de Davao, où il a été maire pendant plus de 20 ans, ont massivement voté pour leur ancien édile, malgré les controverses internationales.
La CPI et les accusations de crimes contre l’humanité
Rodrigo Duterte est détenu à La Haye depuis juin 2024, après avoir été arrêté lors d’un déplacement à Singapour. Il est poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité, en lien avec la « guerre contre la drogue » menée pendant sa présidence (2016-2022), qui aurait fait plus de 20 000 morts selon les ONG.
Le procès, très médiatisé, divise la société philippine : certains voient en Duterte un héros national, d’autres dénoncent l’impunité et la violence d’État. La victoire électorale du 13 mai relance le débat sur la légitimité de la CPI, la souveraineté des États et la capacité de la justice internationale à juger les dirigeants politiques.
Les réactions nationales et internationales
Aux Philippines, la victoire de Duterte a été saluée par ses partisans comme une « victoire de la démocratie » et une preuve de la popularité durable de l’ancien président. L’opposition, elle, dénonce une instrumentalisation de la justice et appelle à une réforme du système électoral.

Sur la scène internationale, les réactions sont contrastées. L’Union européenne et plusieurs ONG de défense des droits humains expriment leur inquiétude face à la « normalisation » de l’impunité. Les États-Unis, alliés historiques de Manille, appellent au respect des procédures judiciaires et à la coopération avec la CPI.
Les enjeux pour la démocratie philippine
Cet épisode met en lumière la fragilité des institutions démocratiques face à la personnalisation du pouvoir et à la polarisation de la société. La capacité d’un homme politique à remporter une élection depuis sa cellule interroge sur la force des réseaux clientélistes, l’influence des médias et la défiance envers les élites traditionnelles.
Les experts rappellent que la démocratie philippine, l’une des plus anciennes d’Asie, est régulièrement secouée par des scandales de corruption, des violences électorales et des tentatives de manipulation. La victoire de Duterte pourrait ouvrir la voie à d’autres candidatures « hors système » et fragiliser davantage l’État de droit.
La CPI face à ses limites
Le cas Duterte illustre les difficultés de la justice internationale à faire respecter ses décisions. Si la CPI peut juger des chefs d’État, elle dépend de la coopération des États membres et de la pression de l’opinion publique. L’élection de Duterte, loin d’affaiblir sa position, pourrait même renforcer son aura auprès de ses partisans et compliquer la tâche des juges.
Certains juristes appellent à une réforme du statut de la CPI, pour éviter que les procédures ne soient détournées à des fins politiques ou médiatiques.
Conclusion
La victoire électorale de Rodrigo Duterte, détenu par la CPI, est un événement sans précédent qui interroge sur la force de la démocratie, la légitimité du droit international et la résilience des sociétés face aux crises politiques. Elle rappelle que la justice et la politique restent étroitement liées, et que la quête d’équilibre entre souveraineté nationale et responsabilité internationale demeure un défi majeur du XXIe siècle.
