Librairie LGBT vandalisée à Nantes : enquête sur la hausse des actes anti-LGBT en France
Le 13 mai 2025, la librairie « Arc-en-Ciel » de Nantes, spécialisée dans la littérature LGBT+, a été la cible d’un acte de vandalisme. Vitres brisées, tags homophobes, rayonnages saccagés : ce nouvel incident, loin d’être isolé, s’inscrit dans une inquiétante recrudescence des actes anti-LGBT en France. Alors que la Journée mondiale contre l’homophobie approche, retour sur un phénomène qui interroge la société française, ses valeurs et ses réponses institutionnelles.
Un acte ciblé et revendiqué
Selon les premiers éléments de l’enquête, l’attaque a eu lieu dans la nuit du 12 au 13 mai. Les caméras de vidéosurveillance ont filmé deux individus cagoulés, agissant avec méthode : bris de vitrine, inscriptions insultantes sur la façade, destruction de livres et de supports d’information. Un tag « Non à la propagande LGBT » a été retrouvé sur la porte d’entrée, laissant peu de doute sur le mobile de l’attaque.
La librairie, ouverte depuis 2018, est un lieu de rencontre et de soutien pour la communauté LGBT+ de Nantes et de la région. Elle avait déjà été la cible de menaces et de dégradations mineures, mais jamais d’une telle ampleur. Les responsables ont porté plainte, et la police judiciaire a été saisie.
Une hausse préoccupante des actes anti-LGBT
Cet acte s’inscrit dans une tendance inquiétante. Selon le dernier rapport du ministère de l’Intérieur, les actes anti-LGBT (insultes, agressions, dégradations) ont augmenté de 13 % en 2024, après une hausse de 10 % en 2023. Les associations recensent plus de 2 500 signalements l’an dernier, dont 400 agressions physiques.
La région Pays de la Loire, traditionnellement tolérante, n’est pas épargnée. Nantes, Angers, Le Mans ont connu plusieurs incidents ces derniers mois : attaques de bars, menaces lors de marches des fiertés, harcèlement en ligne. Les victimes sont souvent jeunes, parfois mineures, et hésitent à porter plainte par crainte de représailles ou de stigmatisation.

Les réactions de la société civile et des institutions
L’attaque de la librairie a suscité une vague d’indignation. Le maire de Nantes, Johanna Rolland, a condamné « un acte odieux, contraire aux valeurs de la République » et promis un renforcement de la sécurité autour des lieux LGBT. Les associations (SOS Homophobie, Centre LGBT de Nantes, Amnesty International) appellent à un rassemblement de soutien et réclament des mesures concrètes : formation des forces de l’ordre, campagnes de sensibilisation, sanctions exemplaires.
Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur, a annoncé la création d’une cellule spéciale de lutte contre les violences anti-LGBT, dotée de moyens renforcés et d’un numéro d’appel dédié. La Défenseure des droits rappelle l’importance de la prévention et du soutien aux victimes.
Les causes d’une recrudescence
Plusieurs facteurs expliquent cette hausse : la visibilité croissante des personnes LGBT dans l’espace public et les médias, la montée des discours de haine sur les réseaux sociaux, la radicalisation de certains groupes d’extrême droite ou religieux, et la persistance de préjugés dans une partie de la population.
Les spécialistes soulignent aussi l’effet « retour de bâton » après les avancées législatives (PMA pour toutes, reconnaissance des familles homoparentales, lutte contre les thérapies de conversion). Chaque progrès suscite des réactions de rejet chez certains, qui se traduisent par des passages à l’acte.
Les défis de la prévention et de la justice
La lutte contre les actes anti-LGBT passe par une mobilisation de tous : État, collectivités, associations, citoyens. La prévention à l’école, la formation des professionnels, la visibilité des victimes et le suivi des plaintes sont essentiels. Selon SOS Homophobie, moins de 20 % des victimes portent plainte, et les condamnations restent rares.
La justice, de son côté, doit adapter ses réponses : qualification des faits, accompagnement des victimes, lutte contre l’impunité. Les associations réclament la création de pôles spécialisés dans les tribunaux et une meilleure prise en charge psychologique.
Conclusion
L’attaque de la librairie LGBT de Nantes est un signal d’alarme pour la société française. Elle rappelle que la lutte contre l’homophobie et la transphobie reste un combat d’actualité, qui exige vigilance, solidarité et engagement. Au-delà de l’émotion, c’est la capacité de la République à protéger tous ses citoyens qui est en jeu.
