Le Mali, le Burkina Faso et le Niger renforcent leur alliance militaire – Paris marginalisé
L’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a franchi une nouvelle étape ce week-end avec l’annonce d’un renforcement sans précédent de leur coopération militaire. Les trois pays, dirigés par des juntes issues de coups d’État récents, ont signé à Bamako un accord de défense mutuelle, prévoyant des opérations conjointes, le partage du renseignement et l’accueil de bases militaires communes. Cette dynamique d’intégration régionale se fait au détriment de la France, dont l’influence dans la région ne cesse de reculer, et pose la question de l’avenir de la lutte contre le terrorisme au Sahel.
Un accord militaire historique
Réunis à Bamako, les chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont signé un traité de défense mutuelle, qualifié d’« historique » par leurs porte-parole. L’accord prévoit la création d’un état-major commun, la mutualisation des moyens militaires et la possibilité d’interventions conjointes en cas d’attaque contre l’un des membres.
Les trois pays s’engagent également à renforcer la coopération en matière de renseignement, de formation et de logistique, et à accueillir des bases militaires communes sur leur territoire. L’objectif affiché est de « reprendre le contrôle du Sahel » face à la menace jihadiste et à la « défaillance » des partenaires occidentaux.
Paris marginalisé
Ce rapprochement s’effectue au détriment de la France, longtemps considérée comme le « gendarme du Sahel ». Après l’expulsion des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris se retrouve marginalisé, avec une présence militaire réduite à quelques centaines d’hommes au Tchad et en Côte d’Ivoire.
Les dirigeants sahéliens accusent la France d’inefficacité, d’ingérence et de mépris pour la souveraineté africaine. Ils se tournent désormais vers de nouveaux partenaires : Russie, Turquie, Chine, Émirats arabes unis. Le groupe Wagner, lié au Kremlin, est déjà présent au Mali et au Burkina Faso, où il assure la formation et l’appui des forces locales.

Les enjeux sécuritaires
La région du Sahel reste l’une des plus instables au monde, avec des attaques régulières de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Les armées nationales, mal équipées et sous-financées, peinent à contenir la menace, malgré l’aide internationale.
L’accord de Bamako vise à renforcer l’autonomie stratégique des pays sahéliens, à mutualiser les ressources et à restaurer la confiance des populations. Mais les experts alertent sur les risques d’escalade, de rivalités internes et de violations des droits humains.
Les réactions internationales
L’Union africaine, l’ONU et la CEDEAO ont salué la volonté d’intégration régionale, tout en appelant au respect de l’État de droit et à la protection des civils. La France, de son côté, a exprimé sa « préoccupation » et appelé au dialogue, tout en maintenant son soutien humanitaire.
Les États-Unis, préoccupés par l’influence croissante de la Russie et la fragilisation de la lutte antiterroriste, appellent à une coopération internationale renforcée. Mais la dynamique est clairement à la souveraineté africaine et à la remise en cause des anciennes alliances.
Les perspectives pour le Sahel
Le renforcement de l’AES marque un tournant dans la gestion de la sécurité au Sahel. Les trois pays misent sur l’intégration régionale, la solidarité et le rejet des ingérences extérieures pour restaurer la stabilité. Mais la réussite de ce modèle dépendra de la capacité à associer les sociétés civiles, à garantir la transparence et à investir dans le développement.
Les populations locales, épuisées par la guerre et la pauvreté, attendent des résultats concrets : sécurité, justice, emploi, services de base. Les ONG et les experts appellent à une approche globale, combinant action militaire, dialogue politique et développement durable.
Conclusion
L’alliance militaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger marque la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère au Sahel. Paris, marginalisé, doit repenser sa stratégie, tandis que l’Afrique de l’Ouest invente son propre modèle de sécurité et de souveraineté.
