Isère – Féminicide et justice : Le drame des violences conjugales en France
Introduction
Le 4 mai, à Saint-Égrève, dans l’Isère, une femme de 56 ans a été retrouvée morte à son domicile, tuée par son ex-mari. Ce drame, survenu alors que le couple était en instance de divorce, vient s’ajouter à la longue liste des féminicides en France. Malgré les dispositifs de protection mis en place ces dernières années, les violences conjugales continuent de faire des victimes, mettant en lumière les failles du système judiciaire et la nécessité d’une mobilisation collective.
Les faits : un drame familial
C’est le fils de la victime qui a découvert le corps de sa mère, poignardée à plusieurs reprises. L’ex-mari, âgé de 59 ans, a été retrouvé sur les lieux et interpellé par les gendarmes. Selon les premiers éléments de l’enquête, le couple était séparé depuis plusieurs mois et la procédure de divorce était en cours depuis 2023.
Ce féminicide, qui intervient dans un contexte de tensions familiales, suscite une vive émotion dans la commune et relance le débat sur l’efficacité des mesures de protection des femmes victimes de violences.
Les chiffres alarmants des violences conjugales
En France, une femme meurt tous les deux à trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. En 2023, 118 féminicides ont été recensés, un chiffre stable par rapport aux années précédentes, malgré la multiplication des campagnes de sensibilisation et des dispositifs d’alerte.
Les violences conjugales touchent tous les milieux sociaux, toutes les régions, et concernent aussi bien les femmes jeunes que les femmes âgées. Derrière chaque chiffre, il y a une histoire, une famille brisée, des enfants traumatisés.
Les dispositifs de protection : avancées et limites
Face à l’ampleur du phénomène, les pouvoirs publics ont mis en place plusieurs mesures :
- Le téléphone grave danger (TGD), remis à plus de 5 000 femmes en 2024
- L’ordonnance de protection, délivrée par le juge aux affaires familiales
- Les centres d’hébergement d’urgence pour les victimes et leurs enfants
- Le bracelet anti-rapprochement, imposé à plus de 1 000 hommes violents
Malgré ces avancées, de nombreuses victimes continuent de tomber entre les mailles du filet. Les délais de traitement des plaintes, le manque de formation des forces de l’ordre, la saturation des structures d’accueil et la difficulté à prouver la dangerosité d’un conjoint sont autant d’obstacles à une protection efficace.
Les failles du système judiciaire
Dans l’affaire de l’Isère, comme dans beaucoup d’autres, la question de la réactivité de la justice se pose. Avait-elle été alertée des risques encourus par la victime ? Les signaux d’alerte ont-ils été pris en compte ? Trop souvent, les proches des victimes dénoncent l’inertie des institutions, le manque de coordination entre services sociaux, police et justice.
Les associations féministes réclament une réforme profonde du système :
- Formation obligatoire des magistrats et des policiers à la spécificité des violences conjugales
- Traitement accéléré des plaintes et des demandes de protection
- Meilleure écoute des victimes et prise en compte de leur parole
- Sanctions plus sévères contre les auteurs de menaces ou de harcèlement
Le rôle crucial de l’entourage
Dans la majorité des cas, les victimes de violences conjugales n’osent pas porter plainte, par peur des représailles, honte ou isolement. L’entourage – famille, amis, voisins – joue un rôle déterminant pour détecter les signes de danger et alerter les autorités.

Les campagnes de sensibilisation insistent désormais sur la responsabilité collective : « Ne rien dire, c’est laisser faire ». Mais il reste difficile, dans la pratique, d’intervenir sans preuves tangibles ou sans soutien institutionnel.
Un phénomène de société
Le féminicide de l’Isère n’est pas un fait divers isolé : il s’inscrit dans une réalité sociale plus large, où la domination masculine, les stéréotypes de genre et la banalisation de la violence continuent de peser lourd. La France, malgré ses avancées législatives, reste en retard par rapport à certains pays européens en termes de prévention et de prise en charge.
La lutte contre les violences conjugales passe par une mobilisation de tous : institutions, associations, médias, citoyens. Il s’agit de déconstruire les schémas patriarcaux, d’éduquer à l’égalité dès le plus jeune âge, et de garantir à chaque femme le droit à la sécurité.
Quelles solutions pour l’avenir ?
- Renforcer les moyens des structures d’accueil et des associations d’aide aux victimes
- Simplifier l’accès aux dispositifs de protection et accélérer le traitement des plaintes
- Développer la formation continue des professionnels au contact des victimes
- Impliquer les entreprises dans la détection et la prévention des violences
- Favoriser une culture de l’égalité et du respect dans l’éducation et les médias
Conclusion
Le drame survenu en Isère rappelle l’urgence d’agir contre les violences conjugales. Derrière chaque féminicide, il y a des failles à combler, des vies à sauver. La société française ne pourra avancer que si elle se donne les moyens de protéger les plus vulnérables et de sanctionner sans faiblesse les auteurs de violences. La lutte contre le féminicide est l’affaire de tous.
