Groenland : prise de présidence du Conseil de l’Arctique, enjeux géopolitiques du Grand Nord
Le 13 mai 2025, le Groenland a officiellement pris la présidence tournante du Conseil de l’Arctique, une première pour ce territoire autonome du Danemark. Cet événement, passé relativement inaperçu dans l’actualité européenne, marque pourtant un tournant stratégique pour la gouvernance du Grand Nord et la diplomatie arctique. Dans un contexte de réchauffement climatique accéléré, de compétition pour les ressources et de tensions internationales, le Groenland entend peser sur l’avenir de la région et affirmer son identité sur la scène mondiale.
Le Conseil de l’Arctique : un forum clé sous tension
Créé en 1996, le Conseil de l’Arctique réunit huit États riverains (Canada, Danemark/Groenland, États-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Russie, Suède) et plusieurs organisations autochtones. Il constitue le principal forum de coopération sur les questions environnementales, économiques et de sécurité dans la région.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les travaux du Conseil sont perturbés : la Russie, suspendue de nombreuses réunions, continue de peser par son poids géographique et militaire. Les États-Unis, le Canada et les pays nordiques cherchent à renforcer leur coopération, tandis que la Chine multiplie les investissements et les déclarations sur son « droit » à l’Arctique.
Le Groenland, nouvel acteur stratégique
Pour le Groenland, la présidence du Conseil est une occasion unique d’affirmer son autonomie et de défendre ses intérêts. L’île, riche en ressources (terres rares, minerais, hydrocarbures, poissons), attire les convoitises des grandes puissances. Le réchauffement climatique, qui fait fondre la banquise à un rythme inédit, ouvre de nouvelles routes maritimes et accélère l’exploitation des ressources.
Le gouvernement groenlandais, dirigé par Múte Bourup Egede, a fixé trois priorités pour sa présidence : la protection de l’environnement, le développement durable des communautés arctiques et la gestion pacifique des différends territoriaux. Il entend aussi défendre les droits des peuples autochtones, souvent marginalisés dans les décisions internationales.

Enjeux environnementaux et économiques
Le Grand Nord est en première ligne du changement climatique : la température moyenne y augmente trois fois plus vite que la moyenne mondiale. La fonte de la banquise menace la faune (ours polaires, morses, baleines), mais ouvre aussi de nouvelles perspectives économiques : pêche, tourisme, exploitation minière, transport maritime.
Le Groenland veut promouvoir un modèle de développement respectueux de l’environnement, mais doit composer avec la pression des investisseurs étrangers et la tentation de l’exploitation intensive. La question de l’indépendance énergétique, de la gestion des déchets et de la protection des écosystèmes est au cœur des débats.
Tensions géopolitiques et sécurité
La présidence groenlandaise intervient dans un contexte de tensions accrues : militarisation de l’Arctique par la Russie, présence accrue des forces américaines et canadiennes, rivalités sino-américaines pour le contrôle des routes maritimes et des ressources. Le Conseil de l’Arctique, forum de dialogue, est fragilisé par la méfiance croissante entre ses membres.
Le Groenland souhaite jouer un rôle de médiateur et éviter la transformation de la région en zone de confrontation. Il propose la création d’un « code de bonne conduite » pour les activités économiques et militaires, et appelle à une coopération renforcée sur la sécurité maritime et la prévention des accidents.
Identité, autonomie et diplomatie
Au-delà des enjeux géopolitiques, la présidence du Conseil de l’Arctique est une étape dans l’affirmation de l’identité groenlandaise. L’île, qui aspire à une plus grande autonomie, voire à l’indépendance, utilise cette tribune pour défendre sa langue, sa culture et ses droits. Le gouvernement insiste sur la nécessité d’associer les peuples autochtones à toutes les décisions et de garantir un développement qui profite à toutes les communautés.
Conclusion
La prise de présidence du Conseil de l’Arctique par le Groenland marque un tournant pour la gouvernance du Grand Nord. Entre protection de l’environnement, développement économique et gestion des tensions internationales, l’île entend peser sur l’avenir de la région et affirmer sa place sur la scène mondiale. L’enjeu : faire de l’Arctique un espace de coopération, de paix et de respect des peuples et des écosystèmes.
