Gestion problématique des stocks de masques post-Covid selon la Cour des comptes
Cinq ans après la pandémie de Covid-19, la France peine toujours à gérer efficacement son stock stratégique de masques, selon un rapport publié ce lundi 26 mai 2025 par la Cour des comptes. Cette situation, révélatrice des difficultés de l’appareil d’État à anticiper et à rationaliser la gestion des équipements de santé, suscite l’inquiétude des experts en santé publique et relance le débat sur la préparation du pays face à de futures crises sanitaires.
Un stock vieillissant et mal entreposé
La Cour des comptes dresse un constat sévère : une grande partie des masques stockés depuis la crise sanitaire de 2020 arrive aujourd’hui à péremption ou se dégrade faute de conditions de stockage adéquates. Les masques chirurgicaux et FFP2, essentiels pour la protection des soignants et de la population en cas de reprise épidémique, sont entreposés dans des hangars parfois inadaptés, exposés à l’humidité, à la chaleur ou à la lumière, ce qui altère leur efficacité.
Selon le rapport, « des quantités significatives de masques sont devenues inutilisables, entraînant un gaspillage de ressources publiques ». La Cour pointe également le manque de rotation des stocks et l’absence de stratégie de renouvellement, alors même que le risque de nouvelles épidémies reste élevé.
Un manque de pilotage centralisé
La gestion des stocks stratégiques de masques relève de la responsabilité de Santé publique France, mais le rapport met en évidence un manque de coordination entre les différents acteurs : agences régionales de santé, hôpitaux, collectivités locales, et État central. Cette fragmentation a conduit à des surstocks dans certaines régions et à des pénuries dans d’autres, notamment lors des pics de contamination.
La Cour des comptes recommande la mise en place d’un pilotage centralisé, avec des outils de suivi en temps réel et une meilleure anticipation des besoins. Elle insiste sur la nécessité d’intégrer la gestion des stocks dans une stratégie globale de préparation aux crises sanitaires, incluant la formation des personnels, la logistique et la communication.
Un enjeu financier et environnemental
Le coût de la gestion des stocks de masques est estimé à plusieurs centaines de millions d’euros par an, entre l’achat, le stockage, la destruction des lots périmés et la logistique. Ce gaspillage pèse lourdement sur les finances publiques, alors que la France doit faire face à d’autres priorités sanitaires et sociales.
Par ailleurs, la destruction massive de masques périmés pose un problème environnemental : incinération, enfouissement, pollution plastique… Les experts appellent à privilégier le recyclage et à développer des filières de valorisation des équipements de protection individuelle.

Les recommandations de la Cour des comptes
Pour sortir de l’impasse, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations :
Mettre en place un système de gestion centralisé et informatisé des stocks, accessible à tous les acteurs concernés.
Prévoir une rotation régulière des stocks, en redistribuant les masques proches de la péremption vers les secteurs qui en ont besoin (hôpitaux, établissements scolaires, entreprises…).
Renforcer la transparence et la traçabilité des achats publics de masques.
Développer des filières de recyclage pour limiter l’impact environnemental.
Intégrer la gestion des stocks dans les exercices de préparation aux crises sanitaires.
Les réactions des professionnels de santé
Les syndicats de soignants et les associations de patients saluent la publication du rapport, qui met en lumière des dysfonctionnements connus de longue date. Ils réclament des mesures rapides pour garantir la disponibilité des équipements en cas de nouvelle crise, et dénoncent la « culture du jetable » qui prévaut encore dans certains services.
Plusieurs experts soulignent que la gestion des stocks de masques n’est que la partie émergée de l’iceberg : médicaments, gants, blouses, respirateurs… La France doit repenser l’ensemble de sa stratégie de préparation aux crises, en s’inspirant des modèles étrangers qui ont fait leurs preuves (Allemagne, Corée du Sud, Japon…).
Un enjeu de confiance pour l’avenir
La mauvaise gestion des stocks de masques a entamé la confiance de la population dans la capacité de l’État à protéger ses citoyens. Les ratés du début de la pandémie, marqués par des pénuries et des messages contradictoires, restent dans toutes les mémoires. Pour restaurer cette confiance, il est urgent de tirer les leçons du passé et de mettre en place des dispositifs robustes et transparents.
La ministre de la Santé a promis de « prendre en compte les recommandations de la Cour des comptes » et d’engager une réforme de la gestion des stocks stratégiques. Les prochains mois seront décisifs pour la crédibilité des pouvoirs publics et la sécurité sanitaire du pays.
Conclusion
Le rapport de la Cour des comptes sur la gestion des stocks de masques post-Covid est un signal d’alarme. Il rappelle que la préparation aux crises sanitaires ne se limite pas à la constitution de réserves, mais implique une organisation rigoureuse, une anticipation des besoins et une gestion responsable des ressources. Face aux défis à venir, la France doit se doter d’une véritable culture de la prévention et de la résilience.
