Falsification de l’histoire : le gouvernement retire une vidéo générée par IA sur la Résistance
Introduction
Le 29 mai 2025, le gouvernement français a été contraint de retirer une vidéo commémorative de la Résistance, générée à l’aide d’intelligence artificielle (IA), après une vague de critiques sur les réseaux sociaux et dans la presse. Cette affaire relance le débat sur l’usage de l’IA dans la production de contenus historiques, la responsabilité des institutions publiques et la préservation de la mémoire collective. Comment l’IA peut-elle servir ou trahir l’histoire ? Quelles sont les limites éthiques et scientifiques de ces nouveaux outils ? Analyse d’un cas emblématique des défis posés par la révolution numérique à la transmission du passé.
Les faits : une vidéo polémique
À l’occasion de la Journée nationale de la Résistance, le service d’information du gouvernement (SIG) a diffusé une vidéo retraçant les grands moments de la lutte contre l’occupant nazi, réalisée à partir d’images générées par IA. Rapidement, des internautes et des historiens ont relevé des erreurs factuelles, des anachronismes et des représentations jugées « fantaisistes » ou « irréalistes ». Certains personnages historiques étaient méconnaissables, des scènes inventées apparaissaient, et la mise en scène trahissait une méconnaissance des codes visuels de l’époque.
Face à la polémique, le gouvernement a retiré la vidéo et présenté ses excuses, reconnaissant une « erreur de jugement » et promettant de revoir ses procédures de validation des contenus numériques.
Les enjeux de la mémoire collective à l’ère de l’IA
L’affaire soulève des questions majeures sur la place de l’IA dans la construction et la transmission de la mémoire collective. L’histoire, discipline rigoureuse fondée sur l’analyse critique des sources, ne saurait être réduite à une simple production d’images ou de récits générés par algorithme. Le risque de falsification, d’anachronisme ou de manipulation est réel, surtout lorsque ces contenus sont diffusés par des institutions publiques.
Pour les historiens, la mémoire de la Résistance, comme celle de la Shoah ou de la colonisation, exige un respect scrupuleux des faits, des témoignages et des archives. « L’IA peut être un outil pédagogique formidable, mais elle ne doit jamais se substituer à la rigueur scientifique », rappelle l’historien Denis Peschanski.

Les limites et les dangers de l’IA générative
L’intelligence artificielle, notamment les modèles génératifs d’images et de textes, est capable de produire des contenus d’une grande vraisemblance, mais aussi de commettre des erreurs grossières. Les biais des algorithmes, l’absence de contextualisation, la difficulté à vérifier les sources rendent ces outils à la fois puissants et dangereux.
Dans le cas de la vidéo sur la Résistance, l’IA a « inventé » des scènes, fusionné des personnages, et reproduit des stéréotypes visuels issus de la culture populaire. Ce type de dérive peut contribuer à brouiller la frontière entre fiction et réalité, à banaliser les faits historiques ou à servir des agendas politiques.
La responsabilité des pouvoirs publics
La diffusion de la vidéo par un service officiel a choqué de nombreux citoyens et associations mémorielles. Pour eux, l’État a une responsabilité particulière dans la préservation et la transmission de l’histoire nationale. L’usage de l’IA doit s’accompagner de garde-fous, d’une validation par des experts et d’une transparence sur les procédés utilisés.
Le gouvernement a annoncé la création d’un comité d’éthique chargé de superviser l’utilisation de l’IA dans les contenus éducatifs et commémoratifs. Il s’agit d’éviter que des erreurs similaires ne se reproduisent, et de restaurer la confiance du public dans les institutions.
Les perspectives : IA, histoire et éducation
L’affaire ouvre un débat plus large sur la place de l’IA dans l’enseignement de l’histoire, la production de documentaires ou la valorisation du patrimoine. Certains y voient une opportunité de rendre l’histoire plus accessible, interactive et vivante. D’autres redoutent une perte de sens, une uniformisation des récits et une déresponsabilisation des acteurs humains.
Pour les enseignants, l’enjeu est de former les élèves à l’esprit critique, à la vérification des sources et à la distinction entre faits et interprétations. L’IA peut être un outil d’exploration, mais elle ne doit jamais remplacer le travail de recherche, d’analyse et de transmission.
Conclusion
La polémique autour de la vidéo générée par IA sur la Résistance rappelle l’importance de la vigilance, de l’éthique et de la rigueur dans l’usage des nouvelles technologies au service de l’histoire. Entre promesse d’innovation et risque de falsification, la société doit inventer de nouveaux cadres pour protéger la mémoire collective et garantir la qualité du débat public.
