Ehpad Bridge : la Cour des comptes dénonce une qualité de service dégradée – Quand le grand âge interroge la société française
Le rapport de la Cour des comptes sur les Ehpad du groupe Bridge, publié ce 25 juin 2025, sonne comme un coup de tonnerre dans le secteur du grand âge. Les Sages de la rue Cambon pointent une « qualité de service dégradée » dans les 31 établissements du groupe jusqu’en 2022 : repas froids, absentéisme médical, instabilité des équipes, conditions de vie indignes… Malgré la promesse d’un « grand plan de transformation » engagé par la nouvelle gouvernance, le scandale met en lumière les failles structurelles d’un modèle en crise. Ce dossier, qui touche à la dignité des aînés, pose des questions fondamentales sur la place des personnes âgées dans la société française, la marchandisation du soin et la capacité de l’État à garantir l’égalité et la qualité des prises en charge.
Un rapport accablant, des familles en colère
Les conclusions de la Cour des comptes sont sans appel : dans de nombreux Ehpad du groupe Bridge, les résidents ont souffert de carences majeures. Les témoignages recueillis évoquent des repas servis froids ou à des horaires irréguliers, des soins d’hygiène bâclés, des équipes en sous-effectif chronique et un taux d’absentéisme médical inquiétant.
Pour les familles, la colère est immense. Beaucoup dénoncent un sentiment d’abandon, une perte de confiance dans les institutions, et réclament des sanctions contre les responsables. Les associations de défense des personnes âgées appellent à un sursaut national : « On ne peut pas tolérer que nos aînés soient traités ainsi dans un pays développé. »
Les causes d’une crise systémique
Le cas du groupe Bridge n’est pas isolé. Depuis le scandale Orpea en 2022, les Ehpad privés sont sous le feu des critiques.
Plusieurs facteurs expliquent la crise :
- La pression financière : La rentabilité prime souvent sur la qualité de service, avec des budgets serrés et une logique de réduction des coûts.
- La pénurie de personnel : Les métiers du soin sont peu attractifs, mal rémunérés, épuisants. Le turn-over est élevé, la formation insuffisante.
- La complexité des besoins : Les résidents sont de plus en plus âgés, dépendants, souffrant de pathologies multiples qui exigent une prise en charge globale et personnalisée.
Analyse intellectuelle : le grand âge, miroir de la société
La crise des Ehpad interroge sur la place accordée aux personnes âgées dans la société française.
- Quelle valeur accorde-t-on à la vieillesse ?
- Le soin est-il un bien commun ou une marchandise ?
- Comment concilier respect de la dignité, efficacité économique et solidarité ?
Le débat dépasse la seule question du financement. Il touche à l’éthique, à la solidarité intergénérationnelle, à la responsabilité collective. La société doit choisir : investir massivement dans le grand âge, revaloriser les métiers du soin, ou accepter une dégradation continue des conditions de vie.

La réponse politique et sociale
Face au scandale, la nouvelle direction du groupe Bridge promet un « grand plan de transformation » : recrutement de personnel, rénovation des locaux, amélioration des repas, renforcement du contrôle qualité.
Mais les familles et les associations restent vigilantes. Elles réclament plus de transparence, un contrôle accru de l’État, et une refonte du modèle économique des Ehpad.
Le gouvernement, de son côté, annonce une mission parlementaire et une enveloppe budgétaire supplémentaire, mais les experts jugent ces mesures encore insuffisantes.
Vers un nouveau pacte du grand âge ?
La crise des Ehpad pourrait être le déclencheur d’une réforme profonde du secteur. Plusieurs pistes sont avancées :
- Développer l’accompagnement à domicile, pour retarder l’entrée en institution
- Revaloriser les salaires et les carrières dans le médico-social
- Renforcer la formation et l’encadrement
- Impliquer davantage les familles et les résidents dans la gouvernance des établissements
Conclusion
Le rapport de la Cour des comptes sur les Ehpad Bridge est un électrochoc. Il rappelle que la dignité des personnes âgées doit être une priorité nationale, et que la société ne peut fermer les yeux sur les dérives d’un système en crise.
Face au vieillissement de la population, la France doit inventer un nouveau modèle, fondé sur le respect, la solidarité et la qualité du soin.
Le grand âge n’est pas un fardeau, mais un défi collectif, qui engage l’avenir de tous.
