Croissance chinoise en berne – Vers une nouvelle crise mondiale ?
Introduction
La Chine, longtemps moteur de la croissance mondiale, traverse depuis 2024 une période de ralentissement économique qui inquiète les marchés et les décideurs politiques du monde entier. Après des décennies d’expansion à deux chiffres, les indicateurs économiques chinois affichent une croissance en berne, un chômage urbain en hausse, un secteur immobilier en crise et une demande intérieure affaiblie. Ce retournement conjoncturel soulève la question : la Chine risque-t-elle de provoquer une nouvelle crise mondiale ? Omondo propose une analyse approfondie des causes du ralentissement chinois, de ses conséquences globales et des scénarios possibles pour l’économie internationale.
Les signes du ralentissement chinois
Après avoir été le principal contributeur à la croissance mondiale depuis le début du XXIe siècle, la Chine affiche en 2025 une croissance du PIB inférieure à 4 %, bien en deçà des niveaux habituels. Plusieurs indicateurs témoignent de ce ralentissement :
Chômage urbain en hausse : Le taux de chômage officiel dépasse 6 %, et touche particulièrement les jeunes diplômés.
Crise immobilière : Le secteur de l’immobilier, pilier de l’économie chinoise, est en crise profonde, avec des faillites retentissantes (Evergrande, Country Garden) et une chute des prix dans les grandes villes.
Déclin de la demande intérieure : La consommation des ménages stagne, affectée par la prudence face à l’avenir, l’endettement et la démographie en berne.
Baisse des exportations : Les tensions commerciales avec les États-Unis, l’Europe et l’Asie du Sud-Est, ainsi que la réorganisation des chaînes de valeur mondiales, freinent les exportations chinoises.
Les causes structurelles du ralentissement
- Vieillissement démographique
La population chinoise a commencé à décliner, conséquence de la politique de l’enfant unique et du vieillissement accéléré. Moins de jeunes travailleurs, plus de retraités : la dynamique démographique pèse sur la croissance potentielle.
- Endettement massif
Le secteur privé et les collectivités locales sont lourdement endettés, notamment dans l’immobilier et les infrastructures. Les risques de défaut et de crise bancaire s’accroissent.
- Transition économique inachevée
La Chine tente de passer d’un modèle fondé sur l’investissement et l’exportation à une économie tirée par la consommation et l’innovation. Mais la transition est lente, et les réformes structurelles (propriété intellectuelle, ouverture des marchés, gouvernance des entreprises publiques) avancent difficilement.
- Tensions géopolitiques
Les conflits commerciaux avec les États-Unis, les restrictions sur les semi-conducteurs, la rivalité technologique et les incertitudes sur Taïwan fragilisent l’environnement international de la Chine.
Les conséquences pour l’économie mondiale
- Ralentissement du commerce international
La Chine représente près de 15 % du PIB mondial et 30 % de la croissance planétaire. Un ralentissement prolongé pèse sur la demande de matières premières, de biens manufacturés et de services, affectant les économies exportatrices (Australie, Brésil, Allemagne, Afrique).
- Instabilité financière
Les marchés financiers sont sensibles aux soubresauts de l’économie chinoise. Une crise bancaire ou immobilière majeure pourrait provoquer des turbulences sur les marchés mondiaux, par effet de contagion.
- Baisse des investissements directs étrangers
La prudence des investisseurs, les restrictions réglementaires et la montée des risques géopolitiques freinent les flux d’investissements vers la Chine et, par ricochet, vers d’autres pays émergents.
- Réorganisation des chaînes de valeur
Le ralentissement chinois accélère la diversification des chaînes d’approvisionnement, avec un déplacement vers l’Asie du Sud-Est, l’Inde ou le Mexique. Les entreprises cherchent à réduire leur dépendance à la Chine.

Les scénarios possibles
- Atterrissage en douceur
Le gouvernement chinois parvient à relancer la demande intérieure, à stabiliser le secteur immobilier et à accélérer la transition vers une économie innovante. La croissance repart modérément, autour de 4 % par an, sans crise majeure.
- Crise financière et récession mondiale
Une faillite systémique dans l’immobilier ou le secteur bancaire entraîne une crise de confiance, une fuite des capitaux et une récession mondiale. Les économies dépendantes de la Chine subissent de plein fouet le choc.
- Stagnation prolongée
La Chine entre dans une phase de croissance molle, à la japonaise, avec une faible inflation, un chômage persistant et une démographie défavorable. L’économie mondiale s’ajuste progressivement, mais la dynamique de croissance reste faible.
Les réponses des autorités chinoises
Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures : plans de relance budgétaire, soutien au secteur immobilier, incitations à la consommation, investissements dans les technologies de pointe (IA, énergies renouvelables, semi-conducteurs). Mais la marge de manœuvre est limitée par l’endettement et la volonté de préserver la stabilité sociale.
Les enjeux pour l’Europe et l’Afrique
Europe : Les exportateurs européens (automobile, luxe, machines-outils) sont exposés à la baisse de la demande chinoise. La réorientation vers d’autres marchés devient une priorité.
Afrique : La dépendance aux investissements et à la demande chinoise (infrastructures, matières premières) rend le continent vulnérable à un ralentissement prolongé.
Conclusion
La croissance chinoise en berne est un signal d’alarme pour l’économie mondiale. Si le scénario d’une crise systémique n’est pas le plus probable, la prudence s’impose face aux risques de contagion et de déstabilisation. L’avenir dépendra de la capacité de la Chine à réformer son modèle, à gérer la transition démographique et à apaiser les tensions géopolitiques. Omondo continuera de suivre ces évolutions, fidèle à sa vocation d’analyse globale et prospective.
