Aubagne : attaque à l’arme automatique, la violence urbaine frappe la Provence
L’onde de choc est immense à Aubagne, ville de Provence déjà marquée par la montée des violences urbaines. Ce vendredi soir, une épicerie du centre-ville a été la cible d’une attaque d’une rare brutalité. Deux individus encagoulés, lourdement armés, ont fait irruption dans le commerce, ouvrant le feu à l’arme automatique, semant la panique parmi les clients et le personnel. Si aucun blessé grave n’est à déplorer, la scène, d’une violence inouïe, relance le débat sur l’insécurité dans les villes moyennes et sur la capacité de l’État à endiguer la criminalité organisée dans le sud de la France.
Selon les premiers éléments de l’enquête, les faits se sont déroulés vers 18h30 dans une rue commerçante du centre d’Aubagne. Les deux assaillants, équipés de fusils d’assaut de calibre 7.62 mm, ont tiré à plusieurs reprises sur la devanture de l’épicerie avant de s’enfuir à bord d’un véhicule volé. Ce dernier a été retrouvé incendié quelques kilomètres plus loin, une méthode désormais tristement classique dans les règlements de comptes liés au trafic de drogue. Sur place, les forces de l’ordre ont retrouvé de nombreuses douilles et recueilli les témoignages de témoins choqués.
L’attaque n’a pas fait de victime, mais elle aurait pu tourner au drame. Plusieurs clients, dont une famille avec enfants, se trouvaient dans le magasin au moment des tirs. La rapidité de la fuite des assaillants et l’absence de blessés graves relèvent presque du miracle. Pour les habitants et les commerçants du quartier, c’est la stupeur et la colère qui dominent. « On a l’impression de vivre dans un film de gangsters », confie un riverain. « On ne se sent plus en sécurité, même pour faire ses courses. »
Aubagne, comme de nombreuses villes des Bouches-du-Rhône, est confrontée depuis plusieurs années à une recrudescence des violences liées au trafic de stupéfiants et aux rivalités entre bandes. Longtemps cantonnés à Marseille, les règlements de comptes et les attaques à l’arme automatique se multiplient désormais dans des communes de taille moyenne. Les réseaux criminels, en quête de nouveaux territoires, n’hésitent plus à utiliser des armes de guerre pour impressionner, éliminer des rivaux ou faire passer des messages.
Face à cette escalade, les autorités locales et nationales peinent à apporter des réponses à la hauteur de l’inquiétude des habitants. Le maire d’Aubagne a condamné « un acte inacceptable » et demandé un renforcement immédiat des effectifs de police. Le préfet des Bouches-du-Rhône a annoncé l’envoi d’une unité de CRS en renfort et la mise en place de contrôles renforcés aux entrées de la ville. Mais pour beaucoup, ces mesures restent insuffisantes. « On veut des moyens pérennes, pas des opérations coup de poing qui ne règlent rien sur le fond », proteste un commerçant.

La police judiciaire, saisie de l’enquête, privilégie la piste d’un règlement de comptes sur fond de trafic de drogue. Les enquêteurs s’appuient sur la vidéosurveillance, les prélèvements sur le véhicule incendié et les témoignages pour tenter d’identifier les auteurs. Mais le climat d’omerta, la peur des représailles et la mobilité des groupes criminels compliquent la tâche des forces de l’ordre.
Au-delà de l’émotion, cette attaque relance le débat sur la montée de la violence urbaine en France. Les chiffres sont sans appel : le nombre de règlements de comptes et d’attaques à l’arme automatique a doublé dans les Bouches-du-Rhône en cinq ans. Les syndicats policiers dénoncent le sous-effectif, le manque de moyens d’investigation et l’insuffisance des réponses judiciaires face à une criminalité de plus en plus organisée et déterminée.
Les habitants, eux, oscillent entre colère, peur et fatalisme. Certains envisagent de quitter la ville, d’autres s’organisent en collectifs pour réclamer plus de sécurité. Les commerçants demandent l’installation de caméras de surveillance supplémentaires et des patrouilles régulières dans les quartiers sensibles. Mais tous s’accordent sur un point : il y a urgence à agir pour éviter que la violence ne devienne la norme.
La question de la sécurité et de la lutte contre les trafics sera au cœur des prochaines échéances électorales, tant au niveau local que national. Les candidats sont attendus sur des propositions concrètes, capables de restaurer la confiance et de garantir la tranquillité publique. Mais le défi est immense, tant les causes de la violence sont multiples : pauvreté, chômage, échec scolaire, absence de perspectives pour les jeunes, impunité des réseaux criminels.
L’attaque d’Aubagne est un nouvel exemple de la violence qui frappe les villes françaises. Elle doit servir de signal d’alarme et inciter à une mobilisation collective, associant État, collectivités, justice, police, éducation et société civile. La sécurité n’est pas qu’une affaire de moyens, c’est aussi une question de cohésion sociale et de volonté politique.
