Amnesty International indésirable en Russie : la société civile sous pression, l’étau se resserre sur les ONG étrangères
Les ONG étrangères face à la répression du Kremlin : enjeux pour la démocratie, la liberté d’expression et l’avenir des droits humains en Russie
Le 20 mai 2025, Amnesty International a été officiellement déclarée « organisation indésirable » par le gouvernement russe. Cette décision, qui fait suite à une série de mesures de répression contre les ONG étrangères, marque un nouveau tournant dans la politique de Vladimir Poutine à l’égard de la société civile. L’organisation de défense des droits humains, présente en Russie depuis près de trente ans, voit ses activités interdites et ses membres menacés de poursuites. Que révèle cette décision sur l’état de la démocratie russe ? Quelles conséquences pour les libertés fondamentales et pour la société civile du pays ?
Une répression méthodique et assumée des ONG étrangères
Depuis 2012, la Russie a progressivement durci sa législation sur les ONG, en particulier celles recevant des financements étrangers. La loi sur les « agents de l’étranger », puis celle sur les « organisations indésirables », ont permis aux autorités de restreindre, voire d’interdire, les activités de nombreuses associations jugées critiques envers le pouvoir. Amnesty International, Human Rights Watch, Memorial et d’autres organisations emblématiques ont tour à tour été visées.
La décision du 20 mai s’inscrit dans cette logique de répression méthodique. Les autorités accusent Amnesty International de « s’ingérer dans les affaires intérieures de la Russie » et de « porter atteinte à la sécurité nationale ». En réalité, il s’agit avant tout de réduire au silence les voix indépendantes, de limiter l’accès à l’information et d’empêcher la documentation des violations des droits humains.
Des conséquences dramatiques pour la société civile russe
L’interdiction d’Amnesty International porte un coup sévère à la société civile russe. L’organisation jouait un rôle clé dans la défense des prisonniers politiques, la documentation des violences policières, la lutte contre la torture et la promotion de la liberté d’expression. Son départ laisse un vide difficile à combler, alors que les ONG locales, déjà fragilisées, subissent des pressions croissantes.
Les militants russes dénoncent un climat de peur et d’intimidation : perquisitions, arrestations, campagnes de dénigrement, blocage des financements… Les risques encourus par les défenseurs des droits humains sont de plus en plus élevés. Beaucoup choisissent l’exil ou la clandestinité, au détriment de la vitalité du débat public.

Un contexte de répression politique généralisée
La décision contre Amnesty International intervient dans un contexte de répression politique généralisée. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le Kremlin a multiplié les mesures pour contrôler l’information, réprimer les opposants et verrouiller la société. Les médias indépendants ont été fermés ou contraints à l’autocensure, les manifestations interdites, les réseaux sociaux surveillés.
Les élections, de plus en plus verrouillées, ne laissent guère de place à l’opposition. Les leaders politiques critiques, comme Alexeï Navalny, sont emprisonnés ou contraints à l’exil. Les citoyens ordinaires, eux, hésitent à s’engager, par crainte des représailles. La société civile, longtemps dynamique et inventive, se trouve aujourd’hui en état de siège.
Les réactions internationales et les limites de la pression extérieure
La décision russe a suscité de vives réactions à l’étranger. L’Union européenne, les États-Unis et de nombreuses organisations internationales ont condamné une atteinte grave aux droits humains et à la liberté d’association. Mais les marges de manœuvre sont limitées : les sanctions économiques, déjà nombreuses, n’ont pas infléchi la politique du Kremlin, et la diplomatie se heurte à la fermeté de Moscou.
Pour Amnesty International, il s’agit de continuer le travail à distance, en s’appuyant sur des réseaux locaux et sur la solidarité internationale. L’organisation promet de « poursuivre son combat pour les droits humains en Russie », malgré les obstacles et les risques.
Quelles perspectives pour la société civile russe ?
L’avenir de la société civile russe apparaît sombre. Les ONG locales, privées de soutien et de visibilité, peinent à survivre. La jeunesse, pourtant mobilisée lors des grandes manifestations de 2021-2022, se détourne de l’engagement politique, préférant l’exil ou la résignation. Mais certains militants refusent de baisser les bras, convaincus que la résistance, même discrète, est essentielle pour préserver l’espoir d’une Russie plus libre.
Les experts estiment que la fermeture de l’espace civique pourrait avoir des conséquences à long terme : radicalisation de l’opposition, perte de confiance dans les institutions, isolement international. Mais l’histoire montre aussi que la société civile, même réprimée, peut renaître sous d’autres formes, à la faveur de changements politiques ou de mobilisations inattendues.
Conclusion : un signal d’alarme pour les droits humains
L’expulsion d’Amnesty International de Russie est un signal d’alarme pour tous les défenseurs des droits humains. Elle rappelle que la liberté d’association, d’expression et d’engagement n’est jamais acquise, et qu’elle doit être défendue partout où elle est menacée. La solidarité internationale, la vigilance des citoyens et l’engagement des ONG restent des armes indispensables face à la répression.
