Sommet Eurofi 2026 : Le Gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, fixe la feuille de route du marché bancaire européen
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Prononcé ce 18 septembre 2026 dans le cadre de la session plénière du prestigieux sommet financier Eurofi, le discours du Gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, marque une étape importante dans la réflexion stratégique sur l'architecture financière du Vieux Continent. Devant une audience composée de gouverneurs de centrales bancaires, de dirigeants d'autorités de régulation, de ministres des Finances et des plus grands grands patronats bancaires internationaux, le responsable institutionnel français a exposé une vision ambitieuse visant à bâtir un marché unique des services financiers plus fluide, plus résilient et pleinement armé pour soutenir la compétitivité européenne à l'échelle mondiale.
Le diagnostic présenté par Emmanuel Moulin s'appuie sur un constat sans concession des faiblesses structurelles qui pénalisent l'économie européenne. Malgré plus de deux décennies d'existence de la monnaie unique, le secteur bancaire et financier européen reste profondément morcelé le long des frontières nationales. Cette fragmentation empêche l'allocation optimale de l'abondante épargne des ménages européens vers les projets d'investissement les plus porteurs et limite la capacité des grandes banques du continent à rivaliser à armes égales avec leurs homologues américaines et asiatiques, qui bénéficient de marchés domestiques unifiés et profonds.
Au cœur de l'argumentaire du Gouverneur figure l'urgence absolue de financer la double transition écologique et numérique. Les besoins de capitaux nécessaires pour décarboner le tissu industriel européen, moderniser les infrastructures énergétiques, développer des capacités de calcul souveraines et intégrer l'intelligence artificielle se chiffrent en centaines de milliards d'euros annuels. Les budgets publics des États membres étant contraints par la nécessité de réduire leurs dettes, le secteur privé doit impérativement prendre le relais. Selon la Banque de France, seule la concrétisation rapide d'une véritable Union des marchés de capitaux (UMC) permettra de canaliser cette épargne vers l'économie réelle et le financement des entreprises de croissance.
Emmanuel Moulin a appelé à une révision audacieuse des méthodes de régulation et de supervision financières. Si le maintien d' normes prudentielles rigoureuses demeure indispensable pour prévenir les risques systémiques et protéger les déposants, le Gouverneur estime que l'accumulation de règles bureaucratiques surimposées étouffe la capacité d'innovation des institutions financières européennes. Il a plaidé en faveur d'une harmonisation poussée des régimes d'insolvabilité, d'une simplification des obligations de reporting et de l'élimination des barrières réglementaires nationales qui entravent les fusions transfrontalières au sein de la zone euro.

Un autre volet majeur de son intervention concerne la souveraineté financière et technologique de l'Europe. À l'ère des tensions géopolitiques globales et de la numérisation accélérée des échanges, s'appuyer sur des infrastructures de paiement autonomes et sécurisées constitue une priorité stratégique de premier ordre. Le Gouverneur a réaffirmé le soutien de la Banque de France au développement de l'euro numérique sous l'égide de la Banque centrale européenne (BCE), tout en incitant les banques commerciales à concevoir des solutions de paiement transfrontalières européennes capables de réduire la dépendance du continent vis-à-vis des réseaux de cartes et des géants technologiques extra-européens.
Enfin, la question de la finance durable et de la transparence des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) a été largement abordée. Emmanuel Moulin a rappelé que l'Europe possède une longueur d'avance mondiale dans l'élaboration de standards de finance verte, mais a mis en garde contre le risque d'éco-blanchiment (greenwashing) et de complexité normative excessive. Il a préconisé la stabilisation des cadres réglementaires existants afin de donner de la lisibilité aux investisseurs et de garantir que les capitaux soient dirigés vers de véritables projets de décarbonation.
L'intervention d'Emmanuel Moulin au sommet Eurofi 2026 offre ainsi un cadrage clair pour les réformes législatives à venir au niveau communautaire. Alors que la Commission européenne et le Parlement européen préparent leurs nouvelles initiatives financières, la position défendue par la Banque de France réaffirme la nécessité d'une intégration financière approfondie comme condition sine qua non de la prospérité et de l'autonomie stratégique du continent.
