Paul Biya candidat à un huitième mandat présidentiel
Le Cameroun s’apprête à vivre une nouvelle page de son histoire politique : Paul Biya, président en exercice depuis 1982, a officiellement annoncé sa candidature à un huitième mandat. Cette déclaration, qui suscite à la fois stupeur, résignation et colère dans une partie de l’opinion, relance le débat sur la longévité au pouvoir, la démocratie et la stabilité dans une région d’Afrique centrale en proie à de multiples défis.
Un règne sans précédent en Afrique contemporaine
Paul Biya, 92 ans, détient déjà le record de longévité à la tête d’un État africain francophone. Arrivé au pouvoir au lendemain de la démission d’Ahmadou Ahidjo, il a traversé toutes les mutations du continent, de la guerre froide à la vague de démocratisation des années 1990, en passant par la montée en puissance de la Chine et les crises sécuritaires récentes. Son style, fait de distance, de silences stratégiques et d’un contrôle étroit de l’appareil d’État, lui a permis de déjouer toutes les tentatives de déstabilisation, qu’elles viennent de l’opposition, de l’armée ou de la société civile.
Une annonce qui divise le pays
L’annonce de sa candidature a été faite lors d’un discours solennel, retransmis à la télévision nationale. Paul Biya a justifié sa décision par « la nécessité de garantir la stabilité et la continuité » dans un contexte régional marqué par le terrorisme, la crise anglophone et les incertitudes économiques. Pour ses partisans, il reste le seul garant de la paix et du développement. Pour ses détracteurs, il incarne l’immobilisme, la confiscation du pouvoir et l’absence de renouvellement générationnel.
Dans les rues de Yaoundé, Douala ou Bamenda, les réactions oscillent entre fatalisme et indignation. Les réseaux sociaux, de plus en plus influents au Cameroun, bruissent de messages sarcastiques, de hashtags contestataires et de vidéos appelant à l’alternance. Mais la peur de la répression, alimentée par des décennies de surveillance et d’arrestations arbitraires, freine toute mobilisation d’ampleur.

Un système verrouillé
Le système politique camerounais, souvent qualifié de « démocratie de façade », repose sur un multipartisme encadré, une administration loyale et une armée étroitement contrôlée. Les élections, régulièrement contestées, sont organisées par une commission électorale accusée de partialité. Les opposants, comme Maurice Kamto ou Cabral Libii, dénoncent des fraudes massives et l’impossibilité d’accéder aux médias publics.
La société civile, malgré le dynamisme de certaines ONG et mouvements de jeunesse, peine à s’organiser face à un pouvoir qui maîtrise parfaitement les ressorts de la cooptation et de la répression. Les médias indépendants, soumis à la censure et aux pressions économiques, ne peuvent jouer pleinement leur rôle de contre-pouvoir.
Défis sécuritaires et économiques
Le Cameroun fait face à des défis majeurs : la crise anglophone, qui a fait des milliers de morts et de déplacés depuis 2016 ; la menace de Boko Haram dans l’Extrême-Nord ; la pauvreté persistante et le chômage des jeunes. Le gouvernement met en avant ses succès dans la lutte contre le terrorisme et les investissements dans les infrastructures, mais les critiques pointent l’inefficacité de la gouvernance, la corruption endémique et l’absence de perspectives pour la jeunesse.
Perspectives pour l’élection de 2025
L’élection présidentielle prévue pour octobre 2025 s’annonce sous haute tension. L’opposition, fragmentée et sous surveillance, tente de s’unir autour d’un candidat unique, mais les divisions persistent. La communauté internationale, traditionnellement prudente, observe la situation avec inquiétude, consciente du risque d’embrasement dans une région déjà instable.
La candidature de Paul Biya, loin d’apaiser le climat politique, pourrait bien être le catalyseur d’une contestation plus large, à condition que l’opposition et la société civile parviennent à surmonter leurs peurs et leurs divisions.
