Cuba au bord de l'asphyxie : La crise énergétique de 2026 et le bras de fer géopolitique Washington-La Havane
L'ombre de la "Période Spéciale" plane sur l'île
Ce mercredi 11 février 2026, la vie à Cuba semble s'être figée dans un ralenti douloureux. Dans les rues de La Havane, les célèbres voitures américaines des années 50 ne circulent plus que par intermittence, transformées en reliques d'un système de transport public à l'agonie. L'île traverse sa crise énergétique la plus grave depuis l'effondrement de l'URSS en 1991. Les mesures d'urgence imposées par le gouvernement de Miguel Díaz-Canel — télétravail obligatoire, fermeture des écoles et rationnement drastique de l'électricité — rappellent aux plus anciens les heures sombres de la "Période Spéciale".
Mais contrairement aux années 90, la crise actuelle est le résultat d'une tempête géopolitique parfaite, orchestrée par un retour frontal de la doctrine de "pression maximale" de l'administration américaine.
Le catalyseur : La chute du partenaire vénézuélien
Le point de rupture a été atteint le 3 janvier 2026, lorsque les forces américaines ont procédé à l'arrestation spectaculaire de Nicolas Maduro au Venezuela. Cet événement a provoqué la suspension immédiate des livraisons de pétrole brut vénézuélien, qui constituaient jusqu'alors l'oxygène vital de l'économie cubaine. Bien que Cuba produise environ 30 % de son propre pétrole, ses centrales thermiques obsolètes dépendent de l'importation de brut lourd pour fonctionner. Sans le flux constant en provenance de Caracas, le réseau électrique national (SEN) s'est effondré, plongeant des provinces entières, notamment dans l'Est, dans le noir total pendant plus de 18 heures par jour.
Le chantage pétrolier de Donald Trump face au Mexique
Dans ce contexte de vulnérabilité extrême, l'administration de Donald Trump a décidé de serrer l'étau. Le 2 février dernier, le président américain a lancé un ultimatum au Mexique, qui était devenu le principal fournisseur de secours de l'île depuis 2023. Trump a menacé de frapper le Mexique de droits de douane massifs si les livraisons de pétrole vers La Havane n'étaient pas interrompues immédiatement. « Cuba est une nation ratée. Le Mexique doit cesser d'alimenter ce régime », a-t-il déclaré, qualifiant l'île de « sponsor du terrorisme ».
La réponse de Mexico ne s'est pas fait attendre. La présidente Claudia Sheinbaum a réaffirmé la souveraineté du Mexique, déclarant ce mardi que « l'envoi de pétrole est une décision souveraine de l'État mexicain » et qu'elle « n'acceptera pas qu'on bloque l'aide humanitaire ». Le Mexique a d'ailleurs dépêché 814 tonnes de vivres et de fournitures médicales par avion pour parer à l'urgence sanitaire dans les hôpitaux cubains.
[Image de la crise énergétique à Cuba : des rues sombres et des files d'attente devant les stations-service]
Moscou entre dans la danse diplomatique
Face à ce que La Havane qualifie de stratégie d'« asphyxie », la Russie a réagi avec force. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dénoncé ce lundi les « méthodes inhumaines » de Washington. Des discussions de haut niveau sont en cours entre Moscou et La Havane pour organiser des convois maritimes de carburant protégés. Cependant, la logistique est complexe : les pétroliers russes doivent désormais contourner des zones de surveillance accrues et faire face aux menaces de sanctions secondaires sur les assureurs maritimes.

Une société à bout de souffle
Sur le terrain, la situation est dramatique. À Varadero, la station balnéaire phare qui soutient l'économie touristique, plusieurs hôtels ont dû fermer leurs portes, faute de pouvoir alimenter leurs cuisines et leurs systèmes de climatisation. Les Cubains se tournent à nouveau vers le charbon de bois pour cuisiner, et les marchés sont vides car les camions de livraison ne peuvent plus faire le plein. L'ONU a mis en garde contre un risque imminent d'« effondrement humanitaire », soulignant que le manque d'électricité affecte directement la chaîne du froid alimentaire et l'accès à l'eau potable dans les zones urbaines denses.
Conclusion : Un test de résilience pour le régime
Pour OMONDO.INFO, la question n'est plus seulement de savoir si Cuba peut réparer ses centrales, mais si le contrat social entre le Parti Communiste et la population peut survivre à une telle privation. Alors que Washington espère que cette détresse provoquera une chute du régime, La Havane mise sur la solidarité de ses alliés (Mexique, Russie, Chine) pour tenir. Le mois de février 2026 marquera sans doute un tournant définitif dans l'histoire de la résistance cubaine face au blocus.
