ALPES FRANÇAISES 2030 — L'HEURE DE VÉRITÉ AU SÉNAT : ENTRE AMBITION OLYMPIQUE ET GOUFFRE FINANCIER
Le mirage des sommets
Le 25 février 2026 restera une date clé dans l'histoire des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver de 2030. Ce matin, les dirigeants du Comité d'Organisation (COJOP) se sont présentés devant la commission des finances du Sénat. L'ambiance était loin de l'euphorie de la désignation. Le rapport d'étape révèle une réalité cinglante : les coûts prévisionnels ont déjà dérapé de 15% par rapport au budget initial, atteignant un besoin de financement supplémentaire de 1,2 milliard d'euros.
L'inflation et l'aléa climatique : Les deux ennemis du COJOP
Pourquoi une telle dérive en si peu de temps ? L'analyse de OMONDO.INFO pointe deux facteurs structurels. D'une part, l'inflation des matériaux de construction et des technologies de transport décarboné. Pour tenir la promesse de "Jeux les plus verts de l'histoire", la France doit investir massivement dans des infrastructures de transport ferroviaire en haute altitude, dont les coûts de réalisation explosent.
D'autre part, l'incertitude climatique. En 2026, la raréfaction de la neige naturelle oblige le comité à repenser l'intégralité des sites. La sécurisation des pistes et la production de neige de culture "propre" (utilisant des énergies renouvelables et des circuits d'eau fermés) coûtent trois fois plus cher que prévu. Les sénateurs s'interrogent : est-il raisonnable de construire des tremplins de saut à ski là où, statistiquement, il ne gèlera plus que 20 jours par an en 2030 ?
Un modèle de financement sous pression
Le modèle "privé-public" des JO est en péril. Alors que les partenaires mondiaux du CIO (Comité International Olympique) restent fidèles, les sponsors nationaux français hésitent. Dans un contexte économique où la rentabilité immédiate prime, l'investissement dans un événement dont l'image "écologique" est contestée par de nombreuses ONG devient un risque réputationnel.
Pourtant, le gouvernement défend corps et âme ce projet. Pour l'exécutif, les JO 2030 sont le levier indispensable pour moderniser l'économie de la montagne. Il s'agit de transformer des stations de ski monoproduits en destinations touristiques "quatre saisons". Le Sénat, plus pragmatique, demande des garanties : qui paiera si les recettes de billetterie et de merchandising ne sont pas au rendez-vous ? La réponse semble pointer vers une garantie d'État, donc vers le contribuable.

L'expertise OMONDO : Un test de crédibilité pour la France
Après le succès des JO de Paris 2024, la France joue sa réputation de "gestionnaire d'événements mondiaux". Si le dossier des Alpes 2030 devient un gouffre financier, c'est toute la stratégie de rayonnement par le sport qui sera remise en cause. Les prochains mois seront décisifs : une révision à la baisse de certaines ambitions architecturales semble inévitable pour sauver l'essentiel : la tenue des Jeux.
