Le débat relancé – apartheid, Palestine et diplomatie africaine sous les projecteurs
L’Afrique du Sud au cœur d’une diplomatie sensible
L’annonce de la participation d’un petit-fils de Nelson Mandela à une flottille humanitaire en direction de Gaza a relancé avec intensité un débat ancien mais explosif : le parallèle entre l’apartheid sud-africain aboli en 1994 et la situation actuelle des Palestiniens sous blocus israélien. Cette question ne se limite plus à une comparaison académique : elle touche directement à la diplomatie africaine, puisque Pretoria est souvent en première ligne pour défendre la cause palestinienne dans les instances internationales.
L’héritage lourd de Mandela
L’Afrique du Sud contemporaine se construit encore sur le socle historique du combat contre l’apartheid. Nelson Mandela, figure universelle, avait toujours exprimé son soutien au peuple palestinien, allant jusqu’à affirmer en 1997 : « Nous savons trop bien que notre liberté est incomplète sans celle des Palestiniens. » Ses descendants s’inscrivent donc dans une continuité politique et morale.
Le fait qu’un petit-fils prenne part à une caravane humanitaire n’est pas anodin : il s’agit d’une forme de diplomatie incarnée, où le poids symbolique de la dynastie Mandela s’invite dans le débat géopolitique mondial.
Un discours qui divise
À Pretoria, les autorités ont réaffirmé leur « soutien indéfectible à la cause palestinienne », tout en insistant sur leur volonté de « solutions pacifiques et durables ». Mais dans le reste du continent africain, les réactions divergent. Certains pays, comme l’Algérie ou la Tunisie, saluent cette initiative. D’autres, liés à des partenariats stratégiques avec Israël, préfèrent rester silencieux.
Israël dénonce « un amalgame dangereux »
Les autorités israéliennes rejettent toute comparaison avec l’apartheid, qu’elles considèrent comme abusivement instrumentalisé. Pour Tel-Aviv, l’usage du terme est « une propagande » destinée à délégitimer l’État juif. Les représentants diplomatiques ont d’ailleurs rappelé à Pretoria que toute assimilation avec l’ancien régime ségrégationniste sud-africain constitue « une ligne rouge ».

L’arène internationale
À l’ONU, le sujet fait l’objet de débats récurrents. Plusieurs résolutions ont mentionné la situation palestinienne comme constitutive d’une « oppression systématique », sans employer le terme d’« apartheid » par prudence diplomatique. Mais des ONG internationales comme Amnesty International ou Human Rights Watch osent désormais utiliser le mot, alimentant une controverse mondiale.
La société civile africaine engagée
Dans de nombreux pays africains, des collectifs militants reprennent la rhétorique anti-apartheid pour soutenir la Palestine. Manifestations, boycotts sélectifs des produits importés d’Israël, pétitions dans les universités : les pratiques rappellent celles menées dans les années 1980 contre Pretoria. Les voix citoyennes dénoncent ce qu’elles estiment être « une oppression à ciel ouvert ».
Les implications diplomatiques
L’Afrique du Sud veut jouer un rôle de médiateur, mais son positionnement ferme sur la Palestine complique ses rapports avec des partenaires occidentaux. L’Union européenne et les États-Unis, tout en reconnaissant l’apport exceptionnel de Mandela à l’histoire mondiale, préfèrent éviter l’assimilation directe entre apartheid et conflit israélo-palestinien.
Un débat de société planétaire
Au-delà de la géopolitique, cette controverse touche à des valeurs universelles de justice et de mémoire. Les comparaisons entre régimes opprimants ont toujours existé, mais le fait qu’elles associent aujourd’hui Israël et l’apartheid sud-africain donne une portée morale et émotionnelle beaucoup plus forte. La diplomatie africaine, grâce à son histoire, se trouve ainsi projetée au centre d’un débat mondial qui dépasse ses frontières.
