Deux ans après, le Royaume-Uni face à la montée de l'antisémitisme depuis l’attaque du Hamas
L’antisémitisme au Royaume-Uni connaît une recrudescence inquiétante depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 : deux ans plus tard, cette thématique s’impose dans le débat public et les politiques de sécurité britannique. Les chiffres sont sans appel : 1 521 incidents antisémites ont été recensés dans le pays au premier semestre 2025, soit une légère baisse par rapport au record de 2024, mais qui reste au second niveau le plus élevé de l’histoire récente. Cette situation traduit une persistance du « sentiment de haine antijuive » associée à la polarisation issue du conflit israélo-palestinien.
Selon le Community Security Trust, une organisation clé pour la sécurité de la communauté juive britannique, plus de la moitié des incidents recensés cette année comportaient des références directes à Israël, Gaza, au Hamas ou au conflit armé. Les grandes métropoles restent particulièrement touchées : Londres enregistre à elle seule 774 faits en six mois (soit 64 % du total national), tandis que Manchester, après avoir été le théâtre d’une attaque violente contre une synagogue, cristallise des peurs renouvelées et un sentiment d’exil chez les citoyens juifs.
La corrélation est frappante entre pics d’attaques à l’international (actions militaires en Iran, opérations à Gaza) et flambées de violences ou propos antisémites localement. Le 29 juin, jour de slogans hostiles au festival de Glastonbury, les faits ont culminé. La rhétorique antisioniste et les amalgames avec la politique israélienne nourrissent l’anxiété et la vigilance : 81 % des actes relèvent d’insultes ou de menaces verbales, mais des passages à l’acte physiques sont aussi signalés, dont trois cas de violences extrêmes rien qu’au premier semestre 2025.

Le gouvernement britannique a annoncé une enveloppe supplémentaire de 54 millions de livres pour la protection des lieux communautaires juifs jusqu'en 2028. Parallèlement, un rapport commandé par le Board of Deputies of British Jews souligne les lacunes à combler dans le public : discrimination non gérée dans la fonction publique, ostracisation sur le lieu de travail, peur de pratiquer sa foi ou de se réunir en famille.
Pour autant, la société britannique demeure fracturée sur la réponse à apporter : alors que les dirigeants affichent leur mobilisation, on note à la base une perte de confiance préoccupante. Selon le dernier sondage de la Campaign Against Antisemitism, seuls un tiers des juifs se projettent encore à long terme au Royaume-Uni, tandis que la moitié disent envisager l’exil.
Le phénomène, loin d’être marginal, s’inscrit durablement : la mémoire du 7 octobre nourrit une dialectique où l’histoire juive du pays se mêle à l’actualité la plus brûlante. La stratégie de lutte contre la haine antisémite au Royaume-Uni apparaît comme un enjeu clé : mobilisation, financement, pédagogie, sécurité… autant d’axes majeurs pour conjurer la spirale du repli communautaire et du rejet.
