Crise alimentaire en Afrique : pénuries record et montée des tensions géopolitiques
La sécheresse prolongée dans le Sahel, combinée aux retombées de la guerre en Ukraine, a plongé l’Afrique de l’Ouest dans une crise alimentaire sans précédent. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 45 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë, un chiffre qui pourrait doubler d’ici la fin 2025 si les pluies tardent à venir. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, déjà fragilisés par les coups d’État successifs, font face à des émeutes de la faim quotidiennes, tandis que les groupes jihadistes exploitent la détresse sociale pour recruter des combattants.
Le blocus russe sur les exportations ukrainiennes de blé, partiellement levé en 2024, a désorganisé les approvisionnements africains. Les prix du sac de 50 kg de farine ont bondi de 300 % à Niamey et Ouagadougou, réduisant les familles à des stratégies de survie extrêmes. « Nous mangeons des feuilles et des racines depuis trois mois », témoigne Aminata Diallo, mère de six enfants dans un village du nord du Mali. L’aide internationale, bien que renforcée, peine à suivre : seuls 12 % des fonds requis par l’ONU pour la région ont été débloqués.
Les solutions locales émergent lentement. Le Sénégal a lancé un plan d’urgence basé sur l’agriculture résiliente au climat, utilisant des semences génétiquement modifiées tolérantes à la sécheresse. Le Nigeria, quant à lui, mise sur des fermes verticales financées par des investisseurs saoudiens pour compenser les pertes agricoles. Mais ces initiatives restent limitées face à l’ampleur de la crise.

Sur le plan géopolitique, la rivalité entre puissances étrangères s’exacerbe. La Russie, via le groupe Wagner, instrumentalise l’aide alimentaire pour renforcer son influence au Mali et en Centrafrique. Les États-Unis, par le biais de l’initiative Feed the Future, conditionnent leur soutien à des réformes démocratiques, une approche critiquée par les ONG comme « déconnectée des réalités urgentes ». La Chine, elle, accélère ses investissements dans les infrastructures portuaires pour contrôler les flux de céréales, notamment à Dakar et Lomé.
