La Bataille des Algorithmes : Pourquoi le G7+ N'arrive Pas à Réguler Efficacement les GAFAM
Le récent Sommet du G7+, élargi pour l'occasion aux grandes puissances technologiques, a produit une déclaration commune qui, à y regarder de près, est plus un manifeste d'intentions qu'un plan d'action contraignant. La véritable conclusion de cette réunion est l'incapacité des grandes démocraties à s'accorder sur une régulation mondiale uniforme et efficace des géants du numérique (GAFAM et leurs équivalents asiatiques).
L'élément central de la discorde réside dans l'application et l'extension des législations européennes pionnières, telles que le Digital Markets Act (DMA) et le Digital Services Act (DSA). Tandis que l'Union Européenne presse ses partenaires à adopter des cadres similaires pour éviter une "fuite en avant" réglementaire, les États-Unis, berceau de la plupart de ces entreprises, et d'autres nations asiatiques maintiennent une approche plus libérale, craignant d'étouffer l'innovation.

L'enjeu n'est plus seulement fiscal, même si l'harmonisation d'une Taxe Numérique Internationale demeure en souffrance. Il est désormais question de souveraineté numérique et de contrôle algorithmique. Comment les États peuvent-ils garantir la concurrence loyale quand les algorithmes d'une poignée d'entreprises dictent les flux d'information, les prix et l'accès au marché ? Le G7+ a peiné à trouver un terrain d'entente sur l'interopérabilité forcée et la transparence des boîtes noires algorithmiques, des mesures jugées invasives par Washington.
Le résultat est une fragmentation de la souveraineté numérique. L'Europe crée un marché digital relativement protégé, mais les autres régions du monde restent soumises aux règles des plateformes. Cette situation favorise les stratégies d'optimisation des GAFAM, qui s'adaptent localement tout en maintenant leur architecture de pouvoir centralisée. Le Sommet G7+ a révélé que, face à la puissance économique et technologique des géants du numérique, les gouvernements peinent encore à parler d'une seule voix. La bataille pour la régulation n'est pas perdue, mais elle s'annonce longue et complexe, se jouant désormais sur des détails techniques plus que sur de grands principes politiques.
