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Syrie, l’ONU alerte sur le risque de reprise du conflit après la chute de Bachar el-Assad, entre incertitude et espoirs déçus

Syrie, l’ONU alerte sur le risque de reprise du conflit après la chute de Bachar el-Assad, entre incertitude et espoirs déçus

 

Introduction

La Syrie est à nouveau au centre de toutes les préoccupations internationales. Après la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, à la suite d’une offensive éclair menée par une coalition de groupes rebelles dominée par des islamistes, le pays s’enfonce dans une nouvelle période d’incertitude. L’Organisation des Nations unies (ONU) a récemment publié un rapport alarmant, mettant en garde contre le risque élevé de reprise du conflit, alors que la transition politique promise semble au point mort et que la population syrienne demeure prise en étau entre factions rivales, ingérences étrangères et crise humanitaire persistante. Analyse d’une situation explosive, où l’espoir d’une paix durable s’éloigne à mesure que les tensions s’exacerbent.

La chute de Bachar el-Assad : un tournant historique

Après plus de treize ans de guerre civile, la chute du régime de Bachar el-Assad a été accueillie avec soulagement par une partie de la communauté internationale et par de nombreux Syriens. L’offensive décisive de décembre 2024, menée par une coalition hétéroclite de groupes rebelles, a mis fin à un pouvoir marqué par la répression, la torture et des crimes de guerre documentés par de multiples ONG.

Cependant, la victoire des rebelles n’a pas mis un terme aux violences. Très vite, des affrontements ont éclaté entre différentes factions, notamment entre groupes islamistes radicaux et milices laïques, chacun cherchant à s’imposer dans le vide du pouvoir laissé par le départ d’el-Assad.

L’alerte de l’ONU : un risque de fragmentation et de guerre civile

Dans son rapport de mai 2025, l’ONU dresse un constat préoccupant. La Syrie, loin de s’engager sur la voie de la stabilité, risque de sombrer dans une nouvelle guerre civile, sur fond de rivalités ethniques, religieuses et politiques. Plusieurs régions du pays sont déjà contrôlées par des groupes armés concurrents, certains soutenus par des puissances étrangères (Turquie, Iran, Russie, États-Unis).

L’absence d’autorité centrale forte, la faiblesse des institutions de transition et la prolifération des armes font craindre une explosion de la violence. Les Nations unies appellent à une reprise urgente des négociations politiques, sous l’égide de la communauté internationale, pour éviter une « somalisation » de la Syrie.

Les groupes en présence : une mosaïque explosive

La chute d’el-Assad a laissé le champ libre à une multitude de groupes armés :

Les islamistes, majoritaires dans la coalition victorieuse, contrôlent Damas et plusieurs grandes villes. Leur programme politique, fondé sur la charia, inquiète les minorités et les laïcs.

Les milices kurdes, alliées de longue date des États-Unis, tiennent toujours le nord-est du pays, mais font face à la pression de la Turquie et à la méfiance des nouveaux maîtres de Damas.

Des groupes laïcs, issus de la société civile ou d’anciens militaires, tentent de s’imposer dans certaines régions, mais manquent de moyens et de soutien international.

Des poches de résistance pro-Assad subsistent, notamment dans l’ouest du pays, soutenues par l’Iran et la Russie, qui n’ont pas renoncé à peser sur l’avenir syrien.

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Les ingérences étrangères : un facteur de déstabilisation

La Syrie reste le théâtre d’un affrontement par procuration entre grandes puissances. La Turquie, qui redoute la création d’un État kurde autonome à sa frontière, multiplie les incursions militaires. L’Iran et la Russie, malgré la chute de leur allié Assad, cherchent à préserver leurs intérêts stratégiques, notamment les bases militaires et les routes d’approvisionnement.

Les États-Unis, eux, hésitent entre soutien aux Kurdes, lutte contre le terrorisme et retrait progressif. L’Union européenne, préoccupée par le risque de nouveaux flux migratoires et la menace terroriste, appelle à une solution politique inclusive mais peine à peser sur le terrain.

La crise humanitaire : une population prise au piège

Pour la population syrienne, la chute d’el-Assad n’a pas apporté la paix tant espérée. Les combats, les déplacements de population et l’effondrement des services publics plongent des millions de Syriens dans la précarité. Selon l’ONU, plus de 12 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence, et près de 7 millions sont déplacées à l’intérieur du pays.

Les ONG dénoncent des violations massives des droits humains, y compris dans les zones contrôlées par les nouveaux pouvoirs. Les écoles et les hôpitaux sont souvent fermés ou détruits, l’accès à l’eau et à la nourriture reste problématique, et les épidémies menacent.

Les espoirs déçus de la transition politique

La communauté internationale avait misé sur une transition politique rapide, avec la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’organisation d’élections libres. Mais les divisions entre les groupes rebelles, la méfiance des minorités et l’absence de consensus sur la future Constitution bloquent tout progrès.

Le Conseil de sécurité de l’ONU, paralysé par les rivalités entre grandes puissances, peine à imposer une feuille de route. Les tentatives de médiation menées par l’ONU et certains pays arabes n’ont pour l’instant abouti à aucun accord concret.

Les risques pour la région et l’Europe

La déstabilisation de la Syrie a des conséquences directes pour l’ensemble du Moyen-Orient. Les pays voisins (Liban, Jordanie, Irak, Turquie) redoutent une contagion de la violence et un nouvel afflux de réfugiés. Les groupes djihadistes, affaiblis mais toujours présents, pourraient profiter du chaos pour se reconstituer et lancer de nouvelles attaques.

En Europe, la perspective d’une nouvelle vague migratoire et la menace terroriste inquiètent les gouvernements. La France, l’Allemagne et l’Italie appellent à un engagement accru de la communauté internationale pour éviter une catastrophe humanitaire et sécuritaire.

Les pistes pour éviter la reprise du conflit

Face à cette situation, l’ONU propose plusieurs mesures :

relancer le dialogue politique entre toutes les parties prenantes, y compris les minorités et la société civile ;

renforcer l’aide humanitaire et la protection des populations ;

imposer un embargo sur les armes et sanctionner les violations des droits humains ;

soutenir la reconstruction des infrastructures et la relance de l’économie, condition indispensable à la stabilité.

Mais sans volonté politique forte, ces recommandations risquent de rester lettre morte.

Conclusion

La Syrie, après la chute de Bachar el-Assad, se trouve à la croisée des chemins. Entre espoirs déçus et risques de reprise du conflit, l’avenir du pays dépendra de la capacité des acteurs syriens et internationaux à surmonter leurs divisions et à engager une véritable transition politique. Faute de quoi, la Syrie pourrait sombrer dans une nouvelle décennie de guerre, au détriment de son peuple et de la stabilité régionale. L’alerte de l’ONU doit être entendue comme un appel à l’action, avant qu’il ne soit trop tard.

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