Mozambique : La Contestation Post-Électorale S'Intensifie et Menace la Stabilité du Corridor Sud-Africain
Des Élections Contestées et un Climat de Tension
Le Mozambique, acteur pivot de la stabilité économique en Afrique australe, est plongé dans une crise politique profonde suite à des élections générales contestées. L'opposition dénonce des irrégularités massives, des bourrages d'urnes et une partialité flagrante des institutions électorales en faveur du FRELIMO (Front de Libération du Mozambique), le parti au pouvoir depuis l'indépendance. La contestation post-électorale a évolué des manifestations pacifiques à des affrontements sporadiques avec les forces de sécurité dans les grandes villes, ravivant les craintes d'un retour à une instabilité chronique.
Cette crise est d'autant plus préoccupante qu'elle s'ajoute à l'insurrection djihadiste persistante dans la province septentrionale de Cabo Delgado. L'incapacité du gouvernement à gérer la crise politique en parallèle de la menace terroriste fragilise l'État et érode la confiance des partenaires régionaux et internationaux.
L'Enjeu du Corridor Sud-Africain et des Mégaprojets Gaziers
L'instabilité au Mozambique a des répercussions bien au-delà de ses frontières, notamment en menaçant le Corridor Sud-Africain.
- Logistique Régionale : Le pays est un point de transit essentiel pour les exportations et les importations de plusieurs pays enclavés (Zimbabwe, Malawi, Zambie) qui utilisent le port de Beira et les routes qui le connectent. Toute perturbation majeure de ce corridor a un impact direct sur le commerce régional et l'économie de la Communauté de Développement de l'Afrique Australe (SADC).
- Projets Gazeux Stratégiques : La crise menace l'avenir des mégaprojets de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la province de Cabo Delgado, qui représentent des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars de la part de majors énergétiques mondiales (TotalEnergies, ExxonMobil). Ces projets sont vitaux pour l'avenir économique du Mozambique et sont considérés comme une source d'approvisionnement essentielle pour l'Europe en quête de diversification énergétique post-Russie. L'intensification de la contestation post-électorale pourrait retarder ou suspendre la reprise des travaux, sapant les perspectives de revenus futurs du pays.

Le Rôle de la SADC et la Pression Diplomatique
La Communauté de Développement de l'Afrique Australe (SADC) se trouve sous une forte pression pour intervenir. D'une part, elle a déjà déployé une mission militaire (SAMIM) pour aider à contenir l'insurrection de Cabo Delgado. D'autre part, elle doit maintenant gérer une crise politique interne qui menace l'intégrité démocratique de l'un de ses membres.
La réponse de la SADC est testée : elle doit arbitrer entre le principe de non-ingérence et la nécessité d'assurer la stabilité du Corridor Sud-Africain. L'option privilégiée est une forte pression diplomatique pour des audits électoraux transparents et un dialogue inclusif entre le FRELIMO et l'opposition, afin d'éviter que la crise politique ne dégénère en conflit armé, ce qui serait catastrophique pour la région.
Conclusion : L'Urgence de la Stabilité au Mozambique
L'intensification de la contestation post-électorale au Mozambique est un indicateur de la fragilité démocratique et sécuritaire de l'Afrique australe. L'échec à résoudre cette crise politique par des voies pacifiques et légitimes met en péril non seulement le développement économique du pays (avec ses promesses gazières), mais aussi la stabilité régionale et les flux commerciaux vitaux. Les partenaires internationaux, conscients des enjeux géopolitiques et énergétiques, doivent utiliser leur influence pour soutenir un processus de médiation crédible et empêcher que le pays ne bascule dans une crise totale.
