Mexico interdit les corridas avec mise à mort, un débat entre tradition et bien-être animal
La ville de Mexico, capitale du Mexique et berceau de la plus grande arène de corrida au monde, a pris une décision historique le mardi 18 mars 2025. Les législateurs locaux ont voté à une écrasante majorité (61 voix contre 1) l'interdiction des corridas traditionnelles impliquant la mise à mort des taureaux. Cette décision marque un tournant majeur dans l'histoire de ce sport séculaire et ravive le débat sur l'équilibre entre la préservation des traditions culturelles et le bien-être animal.
Une décision historique
Le vote du Congrès de Mexico City interdit désormais de tuer ou de blesser les taureaux lors des spectacles de corrida. La nouvelle loi, surnommée "corrida sans violence", impose également des limites de temps sur la durée pendant laquelle un taureau peut rester dans l'arène. Cette mesure s'applique non seulement aux corridas traditionnelles, mais aussi à d'autres événements tauromachiques tels que les novilladas, le rejoneo et les becerradas.
La maire de Mexico, Clara Brugada, du parti au pouvoir Morena, a soutenu cette initiative en déclarant que cette décision aiderait à transformer la capitale mexicaine en une ville "qui respecte les droits des animaux et n'autorisera pas leur maltraitance ou la violence à leur encontre".
Réactions et protestations
La décision a suscité des réactions passionnées des deux côtés du débat. Les partisans de la corrida ont immédiatement manifesté leur mécontentement, certains tentant même de franchir un barrage de police devant le Congrès local. Des pancartes proclamant "Être fan de la fiesta brava n'est pas un crime, c'est une fierté" ont été brandies par les manifestants.
De l'autre côté, les défenseurs des droits des animaux ont célébré cette victoire. Sofía Morín, une militante de l'organisation "Culture sans torture, Mexique sans corrida", a déclaré : "C'était soit ça, soit rien. Nous préférons cela car, sans aucun doute, c'est un pas énorme dans la protection des animaux".

Impact économique et culturel
La décision soulève des questions importantes sur l'impact économique et culturel de cette interdiction. L'Association nationale des éleveurs de taureaux de combat au Mexique affirme que la tauromachie génère 80 000 emplois directs et 146 000 emplois indirects dans tout le pays, pour un total d'environ 400 millions de dollars par an.
La Plaza México, inaugurée en 1946 et considérée comme la plus grande arène de corrida au monde avec une capacité de 42 000 spectateurs, sera particulièrement touchée par cette décision1. Les législateurs ont tenté de trouver un compromis permettant à une forme modifiée de corrida de persister, afin de préserver les moyens de subsistance de ceux qui dépendent de cette industrie1.
Contexte historique et légal
La corrida, introduite par les conquistadors espagnols il y a des siècles, fait partie intégrante de la culture mexicaine depuis longtemps. Cependant, ces dernières années, le débat sur son éthique s'est intensifié. Depuis 2013, cinq des 31 États du Mexique ont interdit les corridas.
En mai 2022, un juge de Mexico avait déjà suspendu temporairement les corridas à la Plaza de Toros suite à une action en justice d'un groupe de défense des animaux. Cette suspension est devenue définitive en juin de la même année. Cependant, en décembre 2023, la Cour suprême de justice du Mexique a annulé cette décision.
La nouvelle "corrida sans violence"
La nouvelle loi introduit le concept de "corrida sans violence". Les taureaux ne seront plus exemptés de la loi sur la protection des animaux et bénéficieront pour la première fois d'une protection juridique complète contre les abus. Les cornes des taureaux seront rembourrées pour éviter les blessures, et les animaux devront être renvoyés dans leurs fermes d'origine après chaque événement.
Cependant, certains militants des droits des animaux restent prudents. Ils soulignent que "sans violence" ne signifie pas nécessairement "sans souffrance", car les taureaux seront toujours soumis au stress du transport, de l'entrée dans une arène bruyante et seront incités à charger la cape rouge ou "muleta" du matador.
Un débat plus large sur le bien-être animal
Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large de protection des animaux au Mexique. En décembre 2024, le Parlement mexicain a adopté une réforme constitutionnelle interdisant la maltraitance des animaux et garantissant leur protection, leur conservation et leurs soins.
La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum Pardo, a également exprimé son soutien à une proposition "sans violence" quelques jours avant la présentation de la législation.
Perspectives d'avenir
La décision de Mexico City pourrait avoir des répercussions dans d'autres régions du Mexique et même au-delà. Elle soulève des questions importantes sur l'évolution des traditions culturelles face aux préoccupations éthiques modernes.
Clara Brugada a déclaré : "Le spectacle du sang ne peut être justifié comme de l'art ou une tradition. La culture évolue, et nous avons la responsabilité de la transformer en faveur du bien-être animal".

Conclusion
L'interdiction des corridas violentes à Mexico City marque un tournant significatif dans l'histoire de ce sport controversé. Elle reflète une évolution des attitudes sociétales envers le traitement des animaux et soulève des questions importantes sur la façon dont les sociétés peuvent concilier leurs traditions culturelles avec les préoccupations éthiques contemporaines.
Alors que les partisans de la corrida voient cette décision comme une menace pour leur patrimoine culturel, les défenseurs des droits des animaux la considèrent comme une victoire importante. L'avenir dira comment cette nouvelle forme de "corrida sans violence" sera accueillie par le public et si elle parviendra à préserver l'essence de cette tradition séculaire tout en répondant aux préoccupations concernant le bien-être animal.
Cette décision de Mexico City pourrait bien servir de modèle pour d'autres villes et pays où la corrida reste une pratique controversée, ouvrant la voie à un débat plus large sur la place des traditions impliquant des animaux dans les sociétés modernes.
