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Décès du cinéaste Mohamed Lakhdar Hamina : hommage à une légende du 7e art arabe et africain

Le 23 mai 2025, le monde du cinéma a perdu l’une de ses figures les plus emblématiques : Mohamed Lakhdar Hamina s’est éteint à l’âge de 95 ans, à Alger, le jour même du cinquantième anniversaire de sa Palme d’or. Seul cinéaste arabe et africain à avoir remporté la plus haute distinction du Festival de Cannes, il laisse derrière lui une œuvre monumentale, traversée par la mémoire des peuples, la quête d’identité et la dénonciation des injustices. Son décès suscite une émotion profonde en Algérie, dans le monde arabe, en Afrique et parmi tous les amoureux du cinéma engagé. Retour sur le parcours d’un artiste visionnaire, sur son héritage et sur la portée universelle de son œuvre.

Un parcours hors du commun, entre histoire et engagement

Né en 1930 à M’sila, en Algérie, Mohamed Lakhdar Hamina grandit dans un pays encore sous domination coloniale. Très tôt, il s’engage dans la lutte pour l’indépendance, rejoignant le FLN et participant à la guerre de libération. Cette expérience fondatrice marquera toute sa carrière : l’histoire de l’Algérie, la mémoire des luttes et la dignité des opprimés seront au cœur de ses films.

Formé à l’Institut national du cinéma de Prague, il fait ses premières armes comme opérateur de prises de vues et réalisateur de courts-métrages documentaires. En 1967, il réalise son premier long-métrage, « Le Vent des Aurès », qui remporte le prix de la première œuvre à Cannes. Ce film, bouleversant portrait d’une mère à la recherche de son fils disparu dans la tourmente de la guerre, impose d’emblée un style : réalisme poétique, puissance des images, sens du récit et engagement politique.

Décès de Mohamed Lakhdar Hamina : un géant du cinéma algérien, s'est éteint  - 24H Algérie - Infos - vidéos - opinions.

 

La consécration avec « Chronique des années de braise »

En 1975, Mohamed Lakhdar Hamina entre dans l’histoire du cinéma en remportant la Palme d’or à Cannes pour « Chronique des années de braise ». Ce film-fleuve, fresque épique sur la lutte du peuple algérien contre le colonialisme français, est salué comme un chef-d’œuvre universel. Porté par une mise en scène magistrale, des scènes de foule impressionnantes et une direction d’acteurs remarquable, il offre une vision à la fois intime et collective de la naissance d’une nation.

La Palme d’or de Lakhdar Hamina marque un tournant : pour la première fois, un film africain et arabe accède à la plus haute marche du cinéma mondial. Cette reconnaissance ouvre la voie à toute une génération de cinéastes du Sud, qui voient en lui un modèle d’audace et de fidélité à leurs racines.

Un cinéma de la mémoire et de la résistance

L’œuvre de Mohamed Lakhdar Hamina ne se limite pas à la célébration de l’indépendance. Tout au long de sa carrière, il explore les blessures de la mémoire, les contradictions de la société algérienne et les défis de la modernité. Dans « Le Vent des Aurès », « Chronique des années de braise », « Sand Storm » ou « Le Bal des généraux », il interroge la violence, la trahison, l’exil et la quête de justice.

Son cinéma, profondément ancré dans la réalité de son pays, résonne aussi avec les luttes universelles pour la liberté et la dignité. Lakhdar Hamina refuse le manichéisme, donne la parole aux femmes, aux paysans, aux oubliés de l’histoire. Il dénonce le néocolonialisme, l’autoritarisme et la corruption, sans jamais céder à la facilité du discours ou de l’esthétisme creux.

Un héritage immense pour le cinéma arabe et africain

La disparition de Mohamed Lakhdar Hamina suscite une vague d’hommages dans le monde entier. Les cinéastes arabes, africains, mais aussi européens et américains, saluent la modernité de son langage, la force de ses récits et son courage artistique. De nombreux festivals, cinémathèques et institutions annoncent des rétrospectives, des restaurations de ses films et des colloques pour analyser son apport à l’histoire du cinéma.

En Algérie, la nouvelle de sa mort provoque une émotion nationale. Les autorités, les artistes et les citoyens se recueillent devant les salles de cinéma, organisent des projections en plein air et rappellent le rôle de Lakhdar Hamina dans la construction de l’identité culturelle du pays. Son fils, le réalisateur Malik Lakhdar Hamina, évoque « un père, un maître et un guide pour toute une génération ».

Décès de Mohamed Lakhdar Hamina, lauréat en 1975 de la Palme d'or -  L'Orient-Le Jour

 

Un message universel pour les temps présents

Au-delà de l’hommage, la figure de Mohamed Lakhdar Hamina invite à une réflexion sur le rôle du cinéma dans la société. À l’heure où les conflits, les migrations et les inégalités continuent de déchirer le monde, son œuvre rappelle la nécessité de donner la parole aux peuples, de transmettre la mémoire et de défendre la justice.

Son cinéma, fait de beauté, de rage et d’espérance, reste d’une actualité brûlante. Il inspire les jeunes créateurs, les militants et tous ceux qui croient au pouvoir de l’art pour changer les consciences. La Palme d’or de 1975, loin d’être un aboutissement, apparaît aujourd’hui comme le point de départ d’une aventure collective, celle d’un cinéma du Sud qui parle au monde entier.

Conclusion

Le décès de Mohamed Lakhdar Hamina marque la fin d’une époque, mais son œuvre continue de vivre et de rayonner. Par son engagement, sa créativité et sa fidélité à la mémoire des peuples, il a ouvert la voie à un cinéma libre, audacieux et universel. Son héritage, immense, appartient à l’Algérie, à l’Afrique, au monde arabe, mais aussi à tous ceux qui croient en la force du récit et de l’image pour éclairer le présent et préparer l’avenir. À l’heure des bouleversements et des incertitudes, la voix de Lakhdar Hamina résonne comme un appel à la résistance, à la dignité et à la fraternité humaine.

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