Afrique : violences dans les mosquées, la sécurité des lieux de culte en question
L’Afrique subsaharienne est de nouveau frappée par une vague de violences ciblant les lieux de culte musulmans. Ces dernières semaines, plusieurs attaques meurtrières ont endeuillé des communautés au Nigeria, au Burkina Faso, au Niger et plus récemment en Afrique du Sud, où le procès d’un meurtrier dans une mosquée du Gard a mis en lumière la réalité d’un phénomène trop souvent occulté. Derrière chaque drame, c’est la question de la sécurité des lieux de culte, du vivre-ensemble et de la montée des extrémismes qui se pose, dans un contexte d’instabilité régionale et de fragilisation des États.
Les chiffres sont glaçants. Selon l’ONG Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), plus de 150 attaques contre des mosquées ont été recensées sur le continent africain depuis le début de l’année 2024. Si certaines visent des imams ou des fidèles lors de la prière du vendredi, d’autres sont le fait de groupes armés cherchant à répandre la terreur, à déstabiliser les autorités ou à attiser les tensions intercommunautaires. Au Nigeria, les groupes djihadistes Boko Haram et ISWAP continuent de cibler les mosquées du nord-est, accusant les imams de collaborer avec l’État ou de prêcher un islam modéré. Au Burkina Faso, la multiplication des attaques contre les lieux de culte musulmans, mais aussi chrétiens, s’inscrit dans une stratégie de chaos menée par des groupes liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique.
Ces violences, loin d’être isolées, s’inscrivent dans un contexte de montée des extrémismes religieux et de compétition pour le contrôle idéologique des communautés. Les mosquées, lieux de rassemblement et de socialisation, sont perçues comme des symboles du pouvoir religieux, mais aussi comme des espaces d’influence politique. Certains groupes armés cherchent à imposer leur vision rigoriste de l’islam, n’hésitant pas à éliminer les leaders religieux jugés trop modérés ou trop proches des autorités. D’autres utilisent la violence pour attiser la peur, provoquer des déplacements de population et affaiblir la cohésion sociale.
Face à cette menace, les États africains peinent à réagir efficacement. Les dispositifs de sécurité autour des mosquées restent souvent insuffisants, faute de moyens humains et financiers. Dans de nombreux villages, la protection des lieux de culte repose sur la vigilance des fidèles eux-mêmes ou sur l’organisation de rondes nocturnes. Les forces de sécurité, débordées par la multiplication des foyers de violence, peinent à anticiper les attaques et à rassurer les populations. Les autorités religieuses, quant à elles, appellent à la retenue et à la solidarité, mais dénoncent aussi l’impuissance de l’État à garantir la sécurité des citoyens.

Au-delà de la question sécuritaire, ces attaques posent la question plus large du vivre-ensemble et de la résilience des sociétés africaines face à la montée des haines. Dans plusieurs pays, des initiatives citoyennes émergent pour protéger les lieux de culte, favoriser le dialogue interreligieux et sensibiliser les jeunes aux dangers de la radicalisation. Au Burkina Faso, des comités de veille regroupant musulmans et chrétiens ont été mis en place dans certaines localités pour prévenir les tensions et réagir rapidement en cas d’alerte. Au Nigeria, des campagnes de sensibilisation sont menées dans les écoles et les universités pour promouvoir la tolérance et le respect de la diversité religieuse.
Mais la tâche est immense. Les causes profondes de la violence – pauvreté, chômage, marginalisation des jeunes, faiblesse des institutions – restent largement non résolues. Les groupes armés profitent du vide laissé par l’État pour imposer leur loi et recruter de nouveaux adeptes. La lutte contre la radicalisation passe donc par une réponse globale, mêlant sécurité, développement et éducation. Les partenaires internationaux, notamment l’Union africaine, l’ONU et l’Union européenne, sont appelés à renforcer leur soutien aux États africains, tant sur le plan sécuritaire que sur le plan social.
La question de la sécurité des lieux de culte n’est pas propre à l’Afrique. En Europe, aux États-Unis ou en Asie, les attentats contre des mosquées, des synagogues ou des églises rappellent la vulnérabilité des espaces religieux face à la haine et à l’intolérance. Mais sur le continent africain, la fréquence et la brutalité des attaques témoignent d’une crise profonde, qui menace la stabilité des sociétés et la paix civile. La protection des lieux de culte doit devenir une priorité pour les gouvernements, mais aussi pour l’ensemble des acteurs de la société.
En conclusion, la multiplication des violences dans les mosquées africaines est le symptôme d’une crise plus large, où se mêlent extrémisme religieux, fragilité des États et tensions sociales. Face à cette menace, seule une mobilisation collective, associant autorités, société civile et partenaires internationaux, permettra de garantir la sécurité des fidèles et de préserver le vivre-ensemble. La paix dans les mosquées, c’est aussi la paix dans les cœurs et dans la société tout entière.
