ÉDITO | Le Sanctuaire de l’Esprit face au Tumulte des Empires
Par Christian Sabba Wilson
En ce samedi 17 janvier 2026, l'histoire ne frappe plus à notre porte ; elle l'a enfoncée. Nous vivons l'heure des géants, mais trop souvent, ce sont des géants aveugles. Entre le fracas des métaux en Ukraine et les silences menaçants du Pacifique, l'humanité semble avoir égaré sa boussole au profit de ses capteurs. En tant qu'écrivain et observateur des âmes, je vois poindre un danger plus grand que la guerre elle-même : l'érosion de notre force morale.
Nous ne pouvons plus nous contenter de gérer des flux ou d'aligner des budgets. Être une nation, être une civilisation, c'est porter une parole qui dépasse le simple cadre de la survie. Mon combat pour la dignité n'est pas une posture, c'est une nécessité vitale. Si la France et l'Europe ne redeviennent pas des sanctuaires de la pensée, elles ne seront bientôt que des provinces de nouveaux empires sans âme.
Le défi de 2026 n'est pas technique, il est ontologique : comment rester humain dans un siècle qui sanctifie la force brute ?
De l’Éclat de l’Humain dans le Tumulte du Siècle
Le vertige de l'accélération
En ce 17 janvier 2026, l'actualité que nous avons déroulée dans ces colonnes ressemble à un kaléidoscope de prouesses et de fractures. Entre les vols hypersoniques qui abolissent les distances et les algorithmes qui prétendent diriger nos orchestres ou nos pensées, le monde semble pris d'une ivresse cinétique. Nous traversons ce que les historiens nomment déjà "le grand passage" : une époque où la puissance de nos outils dépasse parfois la clarté de notre vision.
Pourtant, derrière chaque titre de cette édition — qu’il s’agisse du Traité de Davos sur l’IA ou de la solitude croissante au cœur de nos cités de verre — sourd une sourde inquiétude. Sommes-nous en train de bâtir un monde si parfait qu'il n'aura plus besoin de nous ?
La tragédie du progrès sans âme
Les temps sont, disons-le, critiques. La rareté de la rencontre amoureuse, l'ambition dévorante qui fragilise nos foyers et le silence numérique qui devient le luxe des nantis sont les symptômes d'une société qui a parfois confondu l'efficacité avec le bonheur. À force de vouloir tout optimiser, nous risquons d'atrophier ce qui fait notre singularité : l'imprévisibilité, l'émotion brute, l'échec créateur.
Le paradoxe de 2026 est saisissant : nous possédons la technologie pour guérir la planète et nourrir l'humanité, mais nous luttons plus que jamais pour donner un sens à notre présence ici-bas. Le risque n'est pas que les machines pensent comme des hommes, mais que les hommes finissent par penser comme des machines, évacuant la nuance au profit du binaire.

L’Humain, valeur cardinale et boussole du futur
Face à ces "temps mauvais" où la technique semble dicter sa loi, il est impératif de réaffirmer l'Humain comme valeur cardinale. Qu'est-ce que cela signifie en 2026 ?
C'est reconnaître que l'intelligence artificielle la plus sophistiquée ne remplacera jamais l'intuition d'une infirmière ou le regard d'un professeur. C'est comprendre que la véritable "Smart City" n'est pas celle qui gère ses déchets par algorithme, mais celle qui permet au voisin de parler à son voisin. C'est, enfin, admettre que l'ambition professionnelle n'est qu'un décor si elle ne sert pas à protéger la fragilité du lien amoureux et familial.
Un appel à la résistance poétique
Nous devons cultiver ce que l'on pourrait appeler une "résistance poétique". Choisir le papier quand l'écran sature, choisir le silence quand le bruit domine, choisir la lenteur quand la vitesse nous épuise.
L’édition d’aujourd’hui nous montre que la lumière existe : elle est dans le courage des femmes d'Asie, dans la créativité des jeunes écrivains africains et dans la résilience des coraux que nous soignons. L'avenir de 2026 n'est pas écrit par des processeurs, mais par des volontés. Restons des êtres de chair, de doute et d'espérance. Car au bout du compte, ce n'est pas notre capacité à calculer qui sauvera le monde, mais notre capacité à aimer.
Par Christian Sabba Wilson (in Penser le nouveau Monde)
