AVOIRS RUSSES GELÉS : Le G7 s'engage à accélérer le financement de l'Ukraine en utilisant les actifs de la Banque Centrale russe.
L'annonce est symbolique, mais ses implications financières et juridiques sont colossales. Le G7 a franchi une nouvelle étape dans la guerre économique contre Moscou en s'engageant à accélérer le financement de l'Ukraine en s'appuyant sur les actifs gelés de la Banque Centrale Russe. Ce mouvement, applaudi à Kiev, soulève cependant des questions épineuses sur la faisabilité légale du mécanisme et le risque de représailles économiques russes.
I. La Mécanique du Financement : Un Prêt Garanti par les Actifs
L'estimation des avoirs russes gelés dans les banques occidentales s'élève à environ 300 milliards de dollars. Plutôt que d'opter pour une confiscation pure et simple – une démarche jugée trop risquée juridiquement par plusieurs capitales européennes –, le G7 privilégie la structure d'un prêt garanti. Ce mécanisme prévoit que les fonds nécessaires au soutien de l'Ukraine soient levés sur les marchés de capitaux, avec pour garantie les futurs intérêts générés par les actifs gelés, et non le principal.
Ce montage sophistiqué est censé minimiser les risques. Les États-Unis et l'Union Européenne jouent un rôle central dans la structuration de ce prêt, qui vise à fournir un soutien prévisible et massif à l'économie de guerre ukrainienne. Il s'agit d'une réponse directe à l'affaiblissement du soutien militaire et financier au Congrès américain et à l'urgence de la reconstruction Ukraine.

II. Les Défis Juridiques : Le Piège de la Réciprocité
Malgré l'urgence, les défis juridiques des actifs russes restent considérables. L'un des principes fondamentaux du droit international est l'immunité souveraine des actifs d'une banque centrale. De nombreux avocats d'affaires et la Banque centrale européenne elle-même ont mis en garde contre le précédent dangereux que créerait une confiscation, même indirecte, des fonds. Cela pourrait potentiellement déstabiliser la confiance dans l'euro et le dollar en tant que monnaies de réserve.
La principale menace réside dans le risque de réciprocité. Moscou a déjà prévenu qu'elle riposterait symétriquement en saisissant les actifs occidentaux (biens, immobilier, participations) encore présents sur son territoire. Ce scénario de riposte pèserait lourdement sur les entreprises européennes qui ont des intérêts dans la Fédération de Russie, transformant cette manœuvre en une nouvelle escalade dans le conflit économique.
III. L'Impact sur l'Aide à Kiev et les Perspectives
Cet engagement du G7 est une victoire politique pour Kiev. Ces fonds sont vitaux pour l'aide militaire immédiate, mais surtout pour jeter les bases de la reconstruction Ukraine et stabiliser son budget national. C'est un signal fort envoyé au Kremlin : les Alliés sont déterminés à financer la résistance, quel qu'en soit le coût politique et économique.
Pour autant, les modalités précises du financement Ukraine n'ont pas encore été entièrement finalisées. L'accord politique est acquis, mais les détails techniques et les garanties contre les poursuites légales feront l'objet de longues tractations. L'issue de cette bataille légale et financière sera un indicateur clé de la capacité de l'Occident à transformer sa solidarité en une stratégie économique cohérente et durable.
