Spiritualité, radicalités et sociétés post-modernes : Les mutations religieuses du XXIe siècle
Introduction
2025, plus que jamais, consacre le retour du fait religieux dans le débat public mondial. Pourtant, cette « renaissance » spirituelle se conjugue à l’époque postmoderne : individualisme, hybridation des croyances, radicalités, mais également réinvention communautaire et quête de sens dans un monde technologique. Comment expliquer ces basculements ? À quelles transformations doit faire face la société contemporaine, écartelée entre l’héritage du sécularisme et de nouvelles formes de religiosité ?
Un paysage religieux en recomposition accélérée
- Déclin ou essor des églises historiques ? : En Europe de l’Ouest, la pratique religieuse classique continue de chuter, malgré une forte résilience de l’identité culturelle chrétienne, y compris chez les non-pratiquants. L’Afrique et l’Asie du Sud enregistrent un essor explosif des Églises évangéliques, mouvements pentecôtistes et réseaux de megachurches.
- Islam mondialisé : polarisation et diversité : L’islam européen s’organise (parfois difficilement) autour de nouvelles institutions, tandis que dans le monde musulman, une tension se joue entre réformisme, conservatisme radical et libéralisme émergent.
- Bouddhisme, hindouisme et spiritualités orientales : Des influences hybrides nourrissent des mouvements de retour à la tradition, d’activisme social et d’individualisme mystique (new age, développement personnel, méditation pleine conscience...).
Radicalités et nouveaux conflits religieux
- Multiplication des radicalités : Le djihadisme, le fondamentalisme évangélique, la radicalisation nationaliste-hindoue ou l’importation de conflits confessionnels illustrent le retour du religieux comme fracture géopolitique et identitaire.
- La persistance des discriminations : Juifs, chrétiens d’Orient, Yézidis, minorités baha’ies paient encore un lourd tribut à la violence, particulièrement dans les zones de conflit du Moyen-Orient, d’Afrique sahélienne ou du sous-continent indien.
- Numérisation des appartenances : Les réseaux sociaux et YouTube servent autant à la propagation du dialogue interreligieux qu’aux entreprises de radicalisation en ligne et de prosélytisme agressif.

Retour du sacré et quête de sens
- Recherche existentielle et développement personnel : Dans les sociétés postmodernes, la « reliance » — ce qui relie plutôt que ce qui divise — séduit de plus en plus ceux qui se méfient des cadres dogmatiques. Le yoga, la méditation, la psychologie positive sont intégrés à la vie quotidienne, souvent au détriment des pratiques rituelles traditionnelles.
- Églises sans murs, communautés numériques : Explosion des groupes spirituels hybrides en ligne (forums, podcasts, conférences Zoom) qui offrent un espace de questionnement, de sororité/fraternité et d’entraide, marquant une déterritorialisation croissante du religieux.
Les sociétés post-modernes face au choc du pluralisme religieux
- Débat public et laïcité : En France et dans d’autres démocraties, l’enjeu de la laïcité se complexifie, entre nécessité de garantir l’ordre public et celle de reconnaître la diversité religieuse croissante.
- Citoyenneté inclusive ou crispation identitaire ? : Face au retour de la foi dans l’espace public, deux modèles s’affrontent : l’un prônant la tolérance et l’inclusion ; l’autre la peur du communautarisme et la nostalgie d’une identité nationale séculière.
Défis pour la gouvernance et la démocratie
- Clivage politique : Les enjeux religieux irriguent nombre de débats (avortement, euthanasie, bioéthique, école, port des signes religieux).
- Gestion du pluralisme : Les États doivent réinventer le vivre-ensemble et la médiation entre groupes, tout en luttant contre l’instrumentalisation du religieux à des fins politiques ou extrémistes.
Conclusion
La mutation religieuse du XXIe siècle, loin de n’être qu’un retour en arrière, conjugue innovation, hybridation et crises identitaires. Les sociétés post-modernes devront innover, tant dans la gouvernance que dans l’éducation, pour transformer ces défis en levier de cohésion plutôt qu’en facteur de division.
