Seniors au volant – Faut-il conditionner le permis après 70 ans ?
La sécurité routière est un enjeu majeur en France, notamment avec le vieillissement de la population. Ce 30 juin 2025, la question de la conduite des seniors refait surface alors que s’ouvre à La Rochelle le procès d’un accident tragique impliquant une conductrice de 83 ans, responsable de la mort d’une fillette de 10 ans. Cette affaire relance le débat sur l’opportunité de conditionner le maintien du permis de conduire à une visite médicale régulière à partir d’un certain âge.
Un débat récurrent, des drames qui marquent
Chaque année, plusieurs accidents graves impliquant des conducteurs âgés alimentent la polémique. Si les statistiques montrent que les seniors ne sont pas plus accidentogènes que les jeunes conducteurs, ils sont en revanche plus vulnérables et les conséquences de leurs erreurs peuvent être dramatiques. Les associations de victimes réclament une réforme du permis de conduire pour les plus de 70 ans, avec des contrôles médicaux obligatoires et des tests d’aptitude réguliers.
Les arguments pour un contrôle renforcé
Les partisans de la réforme avancent que le vieillissement s’accompagne souvent d’une diminution des capacités physiques et cognitives : vue, audition, réflexes, gestion du stress. Or, la conduite automobile exige une vigilance constante et une capacité à réagir rapidement à l’imprévu. Plusieurs pays européens ont déjà mis en place des visites médicales obligatoires à partir de 70 ou 75 ans, avec parfois des tests psychotechniques et des restrictions de circulation.
En France, le débat est sensible : le permis de conduire est synonyme d’autonomie, surtout en zone rurale où les alternatives sont rares. Mais la multiplication des drames relance la question de l’équilibre entre liberté individuelle et sécurité collective.

Les opposants redoutent une stigmatisation
Les associations de seniors et certains médecins s’opposent à toute mesure jugée discriminatoire. Ils rappellent que l’âge ne saurait être le seul critère : de nombreux conducteurs âgés sont prudents, expérimentés et adaptent leur conduite à leurs capacités. Ils plaident pour une approche individualisée, basée sur l’évaluation médicale et le dialogue avec le médecin traitant, plutôt que sur des contrôles systématiques et bureaucratiques.
Des pistes de réforme à l’étude
Le gouvernement a commandé un rapport sur la question, qui devrait être remis à l’automne. Parmi les pistes évoquées : la généralisation des visites médicales à partir de 75 ans, la possibilité pour les médecins généralistes de signaler à la préfecture les patients jugés inaptes à la conduite, ou encore la mise en place de stages de remise à niveau pour les seniors volontaires.
La technologie pourrait aussi jouer un rôle : aides à la conduite, véhicules semi-autonomes, applications d’alerte en cas de malaise… Mais ces solutions restent encore peu accessibles et nécessitent un accompagnement spécifique.
Un enjeu de société et de solidarité
Au-delà du débat technique, c’est la question du vieillissement de la société et de la place des aînés qui est posée. Comment garantir la sécurité de tous sans priver les seniors de leur autonomie ? Comment accompagner la transition vers d’autres modes de déplacement, notamment dans les territoires ruraux ? Les réponses devront être nuancées, humaines et respectueuses de la dignité de chacun.
