Des enfants français majeurs dans les camps syriens demandent leur rapatriement : défi humanitaire et casse-tête politique pour la France
Le 16 juin 2025, un collectif d’enfants français devenus majeurs dans les camps syriens a lancé un appel solennel au gouvernement pour demander leur rapatriement. Ces jeunes, nés ou emmenés en Syrie par leurs parents jihadistes, vivent depuis des années dans des conditions précaires, sous la surveillance des forces kurdes et dans l’incertitude quant à leur avenir. Leur situation, emblématique des dilemmes éthiques, juridiques et sécuritaires posés par le retour des familles de jihadistes, met la France et l’Europe face à leurs responsabilités. Derrière la question du rapatriement, c’est celle des valeurs, de la sécurité nationale et de la capacité d’une société à assumer ses enfants, même les plus fragiles ou les plus controversés, qui se pose.
Une génération sacrifiée, entre abandon et espoir
Selon les ONG présentes sur le terrain, plus de 200 enfants français seraient encore détenus dans les camps du nord-est syrien, principalement à Al-Hol et Roj. Parmi eux, une cinquantaine ont atteint la majorité depuis le début du conflit. Livrés à eux-mêmes, privés de soins, d’éducation et de perspectives, ils vivent dans la peur, la précarité et l’isolement. Beaucoup souffrent de traumatismes psychologiques profonds, d’affections chroniques non traitées et d’un sentiment d’abandon par leur pays d’origine.
Le collectif, soutenu par des avocats et des associations de défense des droits de l’enfant, insiste sur la nécessité de respecter les engagements internationaux de la France en matière de protection de l’enfance et de lutte contre la torture et les traitements inhumains. Les témoignages recueillis par Human Rights Watch, la Croix-Rouge et Médecins sans Frontières dressent un tableau alarmant : violences, malnutrition, absence de scolarisation, insécurité permanente.
Les obstacles au rapatriement : sécurité, justice, opinion publique
Le gouvernement français, comme la plupart des pays européens, hésite à organiser le retour des enfants majeurs, invoquant des raisons de sécurité, de justice et de diplomatie. Les autorités redoutent la difficulté à évaluer les risques de radicalisation, à organiser la réinsertion et à répondre aux attentes de l’opinion publique, souvent hostile à ces retours. La crainte de voir des individus formés au combat ou endoctrinés par l’idéologie jihadiste commettre des actes terroristes sur le sol français pèse lourdement dans la balance.
Les familles, de leur côté, dénoncent une politique d’abandon et rappellent que les enfants n’ont pas choisi de partir en Syrie. Elles réclament une prise en charge individualisée, un accompagnement psychologique et un accès à une justice équitable. Les avocats insistent sur le respect du principe de non-discrimination, de la présomption d’innocence et du droit à un procès équitable.
Les enjeux juridiques et éthiques
Le rapatriement des enfants majeurs pose des questions complexes : statut juridique, responsabilité pénale, droit à la nationalité, accès à la santé et à l’éducation. La France, signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant, est tenue de garantir la protection de ses ressortissants, même lorsqu’ils sont soupçonnés d’avoir été associés à des groupes terroristes.
Les ONG alertent sur les risques de violation des droits fondamentaux, de détention arbitraire et de traitement inhumain. Elles appellent la France à respecter ses obligations internationales et à privilégier une approche humanitaire et individualisée. La Cour européenne des droits de l’homme a déjà condamné la France pour son inaction dans certains dossiers, renforçant la pression sur le gouvernement.

Les réponses de l’État et de l’Europe
Le gouvernement français affirme suivre la situation de près et travailler avec les partenaires européens à une solution coordonnée. Il rappelle que des opérations de rapatriement ont déjà eu lieu pour les enfants les plus vulnérables, mais souligne la complexité des dossiers et la nécessité de garantir la sécurité nationale. La ministre de la Justice a annoncé la création d’une cellule spécialisée pour instruire les dossiers de rapatriement, en lien avec les services de renseignement, les magistrats et les associations.
L’Union européenne, de son côté, appelle à une approche commune et à un partage des responsabilités entre États membres. Elle insiste sur la prévention de la radicalisation, la réinsertion sociale et la coopération judiciaire. Certains pays, comme la Belgique ou l’Allemagne, ont déjà rapatrié l’essentiel de leurs ressortissants, tandis que d’autres, comme la France ou le Royaume-Uni, restent plus prudents.
Le défi de la réinsertion et de la prévention
Le retour des enfants majeurs pose la question de leur prise en charge, de leur suivi et de leur réinsertion. Les dispositifs existants, souvent sous-dimensionnés, peinent à répondre à la diversité des situations : certains jeunes sont profondément traumatisés, d’autres revendiquent encore leur engagement, d’autres enfin cherchent à tourner la page et à se reconstruire.
Les experts appellent à une approche globale, mêlant accompagnement psychologique, formation, accès à l’emploi et prévention de la récidive. La société française, confrontée à la peur du terrorisme et à la tentation du rejet, doit relever le défi de l’inclusion, de la prévention et de la réconciliation. Le respect des droits de l’enfant et la lutte contre l’exclusion sont les meilleurs remparts contre la radicalisation.
Analyse : un test pour la République
La question du rapatriement des enfants français majeurs détenus dans les camps syriens est un test pour la République. Elle interroge la capacité de la France à concilier sécurité, justice et humanité. Elle pose aussi la question du rapport à l’altérité, de la solidarité nationale et de la fidélité aux principes fondateurs de la démocratie.
Pour de nombreux experts, il est urgent de sortir de l’ambiguïté et de mettre en place des dispositifs d’accueil, d’accompagnement et de suivi adaptés. La réussite de cette politique dépendra de la mobilisation de l’ensemble des acteurs : État, collectivités, associations, familles, société civile.
Conclusion
L’appel des enfants français majeurs détenus dans les camps syriens est un cri d’alarme pour la France et l’Europe. Il invite à repenser la politique de rapatriement, à privilégier l’humanité sur la peur et à construire des ponts entre justice, sécurité et solidarité. L’avenir de la République se joue aussi dans sa capacité à assumer ses enfants, même les plus fragiles et les plus controversés
