Macron-Merz à Berlin : “couple franco-allemand” sous tension, réalités et symboles
Emmanuel Macron et Friedrich Merz, nouveau chancelier allemand, se rencontrent à Berlin le 23 juillet 2025 dans un contexte inédit. Si la relation franco-allemande, “moteur de l’Europe”, a souvent été ritualisée, cette réunion est scrutée par tout le continent comme un test de la solidité du partenariat, tant les lignes de fracture sont nombreuses : énergie, défense, budget européen, politique migratoire.
Une rencontre sous le signe de l’urgence et du désalignement
Merz, chef de file chrétien-démocrate, succède à Olaf Scholz avec une volonté affirmée de “rétablir les bases pragmatiques du dialogue bilatéral”. Pour Paris, la visite est perçue à la fois comme un hommage aux codes de l’amitié ancienne et comme une tentative de désamorcer les désaccords. En toile de fond : la guerre en Ukraine, la hausse du budget européen, la réforme du pacte de stabilité, la montée de l’extrême droite à Strasbourg comme à Dresde et le sentiment croissant chez les élites françaises d’être “mal compris” par Berlin.
Europe puissance ou Europe prudence ?
Le fossé entre Paris et Berlin n’a jamais eu autant de dimensions : divergence sur l’énergie nucléaire (prônée par la France, dénoncée en Allemagne), débat sur la répartition des charges militaires dans l’Otan, rivalité industrielle autour des GAFAM et du “Buy European Act”, et surtout clivage sur la question migratoire : Merz mise sur une fermeté accrue, Macron craint l’effet domino sur la cohésion du bloc.

L’enjeu du budget européen 2028-2034 cristallise la tension : Berlin accepte à contrecœur une hausse, Paris l’exige pour l’agriculture, l’innovation et la transition écologique. Reste la question de la dette commune, que l’Allemagne refuse de pérenniser.
Symboles, gestes et attentes de la société civile
Les ambassadeurs organisent un concert de piano place de la République à Berlin, symbole d’une amitié “intemporelle”. Mais au-delà du folklore, entrepreneurs, universitaires et syndicalistes attendent des engagements concrets : harmonisation fiscale, soutien au secteur automobile, lutte contre le dumping social à l’Est.
Dans la société allemande, l’image de la France oscille entre admiration “romantique” et exaspération face à “l’exception culturelle” française. Côté français, Berlin incarne aussi bien le modèle de rigueur que la rigidité bureaucratique. Les médias de part et d’autre exhortent à dépasser “le théâtre du couple” pour s’attaquer aux réalités.
Quel avenir pour le couple franco-allemand ?
Le sommet Merkel-Macron de 2017 avait redoré le blason, mais l’ère Merz impose de nouveaux ajustements : dialogue sur l’élargissement, compromis sur la réforme agricole, relance du rêve européen ou banalisation d’un “pacte de cohabitation”. L’Europe attend des actes, moins de symboles. Si la rencontre aboutit à des annonces, elle jettera les bases d’une relance. Sinon, elle entérinera l’entrée dans une Europe des coalitions à géométrie variable, où le mythe du “couple” cédera la place à la gestion pragmatique des divergences.
