Santé mentale des jeunes Français, l’explosion des troubles post-pandémie
La santé mentale des jeunes Français est devenue l’un des sujets de préoccupation majeurs de la société depuis la pandémie de Covid-19. En 2025, les chiffres sont alarmants : les troubles anxieux, dépressifs et les tentatives de suicide atteignent des niveaux inédits chez les adolescents et les jeunes adultes. Les professionnels de santé, les associations et les pouvoirs publics tirent la sonnette d’alarme, alors que les dispositifs d’accompagnement peinent à suivre la demande. Comment expliquer cette explosion des troubles ? Quelles réponses la société peut-elle apporter ? Enquête sur une crise silencieuse qui menace toute une génération.
Un constat alarmant
Selon le dernier rapport de Santé publique France publié en mai 2025, près d’un jeune sur trois (15-24 ans) présente des symptômes d’anxiété sévère ou de dépression. Les tentatives de suicide ont augmenté de 20 % en deux ans, et les hospitalisations pour troubles psychiques ont doublé depuis 2019. Les consultations en pédopsychiatrie sont saturées, avec des délais d’attente de plusieurs mois dans certaines régions.
Les professionnels observent une aggravation des troubles : automutilations, troubles alimentaires, phobies scolaires, addictions numériques. « Nous sommes face à une vague sans précédent », témoigne la pédopsychiatre Marie-Laure Delmas, qui exerce à Lyon. « La crise sanitaire a été un accélérateur, mais le mal-être était déjà là : isolement, pression scolaire, incertitude sur l’avenir, exposition aux réseaux sociaux… »

Les causes d’une crise multifactorielle
La pandémie de Covid-19 a été un choc pour la jeunesse : confinement, fermeture des écoles et universités, rupture des liens sociaux, précarité économique, incertitude sur l’avenir. Mais la crise sanitaire a surtout révélé et amplifié des fragilités préexistantes.
La pression scolaire et universitaire, la peur de l’échec, la difficulté à s’orienter, la précarité de l’emploi et du logement, le harcèlement en ligne et l’exposition aux réseaux sociaux sont autant de facteurs de stress et d’angoisse. Les jeunes issus de milieux modestes, les étudiants étrangers, les jeunes LGBT+ et ceux en situation de handicap sont particulièrement vulnérables.
Les réseaux sociaux, amplificateurs de mal-être
Les réseaux sociaux jouent un rôle ambivalent : espace de lien et de solidarité, mais aussi source de comparaison, de harcèlement et de désinformation. « Les jeunes sont soumis à une pression constante d’image, de réussite, de popularité », analyse la psychologue Anne-Laure Dufour. « Les fake news, les discours anxiogènes, les défis dangereux (challenges), les contenus violents ou dépressifs circulent à grande vitesse. »
Des études récentes montrent que l’usage excessif des écrans et des réseaux sociaux est associé à une augmentation des troubles anxieux, du sommeil et de l’estime de soi. Les plateformes comme TikTok, Instagram ou Snapchat sont dans le viseur des pouvoirs publics, qui réclament plus de régulation et de prévention.
Les dispositifs d’accompagnement débordés
Face à l’explosion de la demande, les structures de soins sont saturées. Les centres médico-psychologiques (CMP), les maisons des adolescents, les services universitaires de santé mentale affichent complet. Les délais pour obtenir un rendez-vous avec un pédopsychiatre ou un psychologue peuvent dépasser six mois.
Le gouvernement a lancé plusieurs plans d’urgence : création de postes en pédopsychiatrie, remboursement des consultations de psychologues, développement des plateformes d’écoute et de prévention (Fil Santé Jeunes, Nightline, SOS Amitié). Mais les professionnels réclament des moyens pérennes, une meilleure coordination et une politique de prévention à long terme.
Les initiatives citoyennes et associatives
De nombreuses associations se mobilisent pour accompagner les jeunes en détresse : ateliers de parole, groupes de soutien, médiation scolaire, sensibilisation dans les établissements. Les parents, souvent démunis, sont eux aussi soutenus par des réseaux d’entraide et de formation.
Certaines universités et grandes écoles ont mis en place des cellules d’écoute, des ateliers de gestion du stress, des séances de méditation ou de sport adapté. Des applications mobiles proposent un suivi psychologique, des conseils et des exercices de relaxation.
Les témoignages de jeunes
« J’ai commencé à me sentir mal pendant le confinement. Je ne dormais plus, je ne voyais plus mes amis, j’avais peur pour l’avenir », raconte Léa, 19 ans, étudiante à Toulouse. « J’ai eu des idées noires, mais j’ai trouvé de l’aide grâce à une association. »
Pour Théo, 22 ans, en BTS à Lille, « le plus dur, c’est la solitude et la pression de réussir. On a l’impression que tout le monde va bien sur les réseaux, mais en vrai, beaucoup de gens vont mal. »
Les réponses à construire
Les experts s’accordent sur la nécessité d’une approche globale : prévention dès le plus jeune âge, formation des enseignants et des professionnels, lutte contre le harcèlement, régulation des réseaux sociaux, accès facilité aux soins, soutien aux familles. La santé mentale doit devenir une priorité nationale, au même titre que la santé physique.
Conclusion
La crise de la santé mentale des jeunes est un défi majeur pour la société française. Elle appelle une mobilisation collective, des moyens accrus et une évolution des mentalités. Préserver la jeunesse, c’est investir dans l’avenir du pays.
