Résurgence de la rougeole – la vaccination en question, la France face à une crise sanitaire évitable
Rougeole : le retour d’une maladie qu’on croyait disparue
La rougeole fait un retour fracassant en France au printemps 2025. Ce qui semblait n’être qu’une série de cas isolés s’est transformé en une véritable flambée épidémique : plus de 4 000 cas recensés depuis janvier, avec plusieurs foyers majeurs en Île-de-France, dans le Grand Est et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Des dizaines d’enfants hospitalisés, trois décès, et une inquiétude qui monte dans les écoles, les crèches et les cabinets médicaux. Comment la France, pays à la pointe de la médecine, se retrouve-t-elle confrontée à une crise sanitaire que l’on pensait reléguée au passé ?
Les causes de la résurgence : entre défiance vaccinale et fractures sociales
La rougeole n’est pas une fatalité. Le vaccin, disponible depuis les années 1970, est efficace à plus de 97 % après deux doses. Pourtant, la couverture vaccinale stagne autour de 89 % chez les enfants de moins de deux ans, loin du seuil de 95 % nécessaire pour garantir l’immunité collective. Les raisons de ce recul sont multiples : défiance envers les vaccins, désinformation sur les réseaux sociaux, accès inégal aux soins dans certains territoires, mais aussi négligence administrative.
Les médecins de terrain constatent une recrudescence des discours anti-vaccins, souvent relayés par des influenceurs ou des personnalités publiques. Certains parents, échaudés par la crise du Covid-19, remettent en cause la parole des autorités sanitaires et préfèrent différer, voire refuser, la vaccination de leurs enfants.
Les conséquences sanitaires et sociales
La rougeole n’est pas une maladie bénigne. Elle peut entraîner des complications graves : pneumonies, encéphalites, surdité, voire la mort. Les services de pédiatrie sont sous tension, les écoles multiplient les fermetures temporaires pour éviter la propagation du virus. Les familles touchées témoignent de leur désarroi : « On pensait que la rougeole, c’était fini. On découvre la gravité de la maladie trop tard », confie une mère dont le fils de 8 ans a été hospitalisé à Nancy.

Au-delà de la santé, la crise révèle des fractures sociales. Les quartiers populaires, les zones rurales et les communautés marginalisées sont les plus exposés, faute d’accès facile à la prévention et à l’information.
La réponse des autorités : urgence et pédagogie
Face à l’urgence, le ministère de la Santé a lancé une campagne nationale de rattrapage vaccinal, mobilisant médecins, pharmaciens, infirmiers scolaires. Les ARS (Agences régionales de santé) organisent des opérations « vaccinobus » dans les quartiers prioritaires et les zones rurales. Les écoles sont mobilisées pour sensibiliser les familles et vérifier les carnets de vaccination.
Mais la réponse ne peut être uniquement coercitive. Les experts insistent sur la nécessité de restaurer la confiance, d’expliquer les bénéfices de la vaccination, de lutter contre la désinformation et de former les professionnels de santé à la communication de crise.
Le débat sur l’obligation vaccinale
La résurgence de la rougeole relance le débat sur l’obligation vaccinale. Faut-il renforcer les sanctions contre les parents récalcitrants ? Étendre l’obligation à d’autres vaccins ? Ou privilégier la pédagogie et l’accompagnement ? Les associations de patients réclament des mesures fortes, tandis que certains syndicats médicaux appellent à la prudence pour éviter une rupture de confiance.
Perspectives : la France à la croisée des chemins
La crise de la rougeole agit comme un révélateur : la santé publique ne peut se résumer à des injonctions technocratiques. Elle suppose un dialogue permanent avec la société, une capacité à entendre les peurs et à y répondre sans stigmatiser. Si la France veut éviter d’autres résurgences, elle devra investir dans l’éducation à la santé, la proximité et la transparence.
