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Mayotte – L’île française en phase d’épidémie de chikungunya, urgence sanitaire et précarité structurelle

Mayotte – L’île française en phase d’épidémie de chikungunya, urgence sanitaire et précarité structurelle

Mayotte, département français de l’océan Indien, est officiellement passée en phase d’épidémie de chikungunya selon les autorités sanitaires. Depuis début mai 2025, l’île connaît une explosion des cas de cette maladie virale transmise par les moustiques, mettant en lumière la vulnérabilité persistante du territoire face aux crises sanitaires. Entre urgence médicale, défis d’infrastructures et mobilisation citoyenne, la lutte contre le chikungunya révèle les fragilités d’un département déjà confronté à d’importantes difficultés sociales et économiques.

Une propagation rapide et une saturation des hôpitaux

Selon l’Agence régionale de santé (ARS), plus de 2 500 cas confirmés ont été recensés en trois semaines, dont une centaine de formes sévères nécessitant une hospitalisation. Les communes du sud de l’île, notamment Bandrélé, Bouéni et Chirongui, sont les plus touchées, mais l’ensemble du territoire est concerné. Les équipes médicales font état d’un afflux de patients présentant fièvre, douleurs articulaires, maux de tête et éruptions cutanées.

L’hôpital de Mamoudzou, unique centre hospitalier de l’île, fonctionne en mode dégradé, faute de personnel et de lits suffisants. Les centres de santé périphériques manquent de moyens, et la pénurie de médecins complique la prise en charge des cas graves.

Des facteurs structurels aggravants

La propagation rapide du chikungunya s’explique par la densité de population (près de 800 habitants au km²), la précarité de l’habitat et l’insuffisance des réseaux d’assainissement, qui favorisent la prolifération des moustiques. Les coupures d’eau fréquentes poussent les habitants à stocker l’eau dans des récipients ouverts, offrant des gîtes idéaux pour la reproduction des Aedes.

La forte mobilité de la population, liée à l’économie informelle et aux flux migratoires en provenance des Comores, rend difficile la mise en œuvre de mesures de prévention et de suivi épidémiologique.

Réponse des autorités et mobilisation citoyenne

Face à l’urgence, l’ARS et la préfecture ont déclenché le plan ORSEC sanitaire. Des équipes de démoustication sont déployées, des campagnes de sensibilisation menées dans les écoles et sur les radios locales. Des renforts médicaux venus de La Réunion et de métropole sont attendus.

Les associations citoyennes jouent un rôle crucial : collectes de déchets, distribution de moustiquaires, ateliers d’information sur les gestes barrières. Les maires organisent des opérations de nettoyage collectif et de surveillance des points d’eau stagnante.

Chikungunya : Mayotte passe en phase d'épidémie, avec une « transmission  intense et généralisée » sur tout le territoire - L'Humanité

Défis sanitaires et enjeux politiques

L’épidémie de chikungunya intervient dans un contexte de crise sanitaire plus large : flambées de dengue, recrudescence du paludisme, épidémies de gastro-entérites. La faiblesse des infrastructures d’eau potable et d’assainissement, la pauvreté (près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté), la jeunesse de la population et la pression migratoire créent un terrain propice à la résurgence régulière de maladies vectorielles.

Sur le plan politique, la gestion de la crise est scrutée de près. Certains élus dénoncent un « abandon de l’État » et réclament un plan Marshall pour la santé à Mayotte. Le gouvernement a promis une enveloppe d’urgence, mais de nombreux Mahorais estiment que ces mesures restent insuffisantes.

Prévention et résilience : un défi pour l’avenir

Au-delà de l’urgence, la crise du chikungunya pose la question de la résilience du territoire. Les experts insistent sur la nécessité d’investir dans l’assainissement, l’éducation à la santé, la formation du personnel médical et la recherche sur les maladies vectorielles. Des initiatives innovantes voient le jour : utilisation de drones pour cartographier les zones à risque, développement d’applications mobiles, expérimentation de nouveaux insecticides biologiques.

La réussite de ces projets dépendra de l’implication durable de l’État, des collectivités et de la société civile.

Mayotte, laboratoire des défis sanitaires français

L’épidémie de chikungunya est un révélateur des défis sanitaires du XXIe siècle : urbanisation rapide, inégalités sociales, mondialisation des maladies, changement climatique. Pour Mayotte, le combat contre le chikungunya est aussi une bataille pour la dignité, l’égalité et la reconnaissance.

 

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