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La HAS déplore le manque de coopération entre psychiatrie et protection de l’enfance pour les jeunes en difficulté

La HAS déplore le manque de coopération entre psychiatrie et protection de l’enfance pour les jeunes en difficulté

La santé mentale des enfants et adolescents placés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) est un sujet de préoccupation croissante en France. Dans un rapport publié ce lundi, la Haute Autorité de Santé (HAS) tire la sonnette d’alarme sur le manque de coopération entre les services de psychiatrie et les dispositifs de protection de l’enfance. Cette carence, selon l’institution, expose des milliers de jeunes à des risques accrus de troubles psychiques non pris en charge, voire à des parcours de vie durablement fragilisés.

Un constat alarmant sur le terrain

En France, près de 350 000 enfants et adolescents sont suivis chaque année par les services de protection de l’enfance. Parmi eux, une part importante présente des troubles psychiques, des traumatismes liés à la maltraitance, à l’abandon ou à la précarité, et des difficultés d’adaptation sociale. Pourtant, la HAS observe que l’accès à un accompagnement psychiatrique adapté reste très inégal selon les territoires et les établissements.

Le rapport pointe du doigt une absence de coordination systématique entre les professionnels de l’ASE (éducateurs, assistants sociaux, psychologues) et les équipes de pédopsychiatrie. Cette fragmentation des interventions conduit à des ruptures de parcours, à des délais d’attente pour les consultations, et parfois à une méconnaissance des besoins spécifiques des jeunes placés.

Des conséquences graves pour les jeunes

L’absence de prise en charge coordonnée a des conséquences directes et parfois dramatiques pour les enfants concernés. Selon la HAS, les troubles psychiques non traités peuvent se traduire par des difficultés scolaires, des conduites à risque (fugues, addictions, violences), voire des passages à l’acte suicidaires. Les jeunes placés sont ainsi surreprésentés parmi les adolescents hospitalisés en psychiatrie ou suivis pour des troubles graves du comportement.

Psychiatrie et protection de l'enfance ne travaillent pas assez ensemble, déplore  la HAS

 

Le rapport souligne également que la stigmatisation de la maladie mentale reste forte dans certains établissements, freinant la demande d’aide et la mise en place de suivis adaptés. De nombreux professionnels de l’ASE reconnaissent manquer de formation sur les questions de santé mentale, ce qui limite leur capacité à repérer les signaux d’alerte et à orienter efficacement les jeunes vers les structures compétentes.

Les obstacles structurels à la coopération

La HAS identifie plusieurs freins majeurs à une meilleure coopération entre psychiatrie et protection de l’enfance :

Des logiques institutionnelles cloisonnées : Les services de l’ASE et les structures de santé mentale dépendent de tutelles différentes (conseils départementaux pour l’ASE, Agences régionales de santé pour la psychiatrie), ce qui complique la mise en place de protocoles communs.

Un manque de moyens humains et financiers : Les équipes de pédopsychiatrie sont souvent en sous-effectif, avec des délais d’attente pouvant atteindre plusieurs mois pour un premier rendez-vous. Les établissements de l’ASE, de leur côté, peinent à recruter et à fidéliser des professionnels formés à la santé mentale.

Des difficultés de partage d’information : Les questions de secret professionnel et de protection des données personnelles limitent parfois la circulation des informations entre les différents acteurs, au détriment de la continuité des soins.

Les recommandations de la HAS

Face à ce constat, la HAS formule une série de recommandations concrètes pour améliorer la prise en charge des jeunes protégés :

Renforcer la formation des professionnels de l’ASE sur les troubles psychiques et les dispositifs de soins existants.

Développer des protocoles de coopération entre les établissements de l’ASE et les services de pédopsychiatrie, notamment via la désignation de référents communs.

Faciliter l’accès aux soins pour les jeunes placés, en réservant des créneaux spécifiques dans les centres médico-psychologiques (CMP) et en favorisant les interventions mobiles en établissement.

Améliorer le partage d’information dans le respect du secret professionnel, pour garantir la continuité des parcours de soins.

Impliquer davantage les familles et les jeunes eux-mêmes dans l’élaboration des projets de soins et d’accompagnement.

Un enjeu de société majeur

La question de la santé mentale des enfants protégés dépasse le seul cadre des institutions. Elle interroge la capacité de la société à offrir à chaque jeune les conditions d’un développement harmonieux, quelles que soient ses difficultés de départ. Les associations de défense des droits de l’enfant appellent à une mobilisation générale pour garantir à tous un accès effectif à des soins de qualité.

Le gouvernement, de son côté, affirme avoir fait de la santé mentale une priorité, avec le lancement du plan « Santé mentale et psychiatrie » et la création de nouveaux postes en pédopsychiatrie. Mais les professionnels estiment que les moyens restent insuffisants au regard de l’ampleur des besoins.

Vers une prise de conscience collective ?

Le rapport de la HAS pourrait servir de catalyseur pour une réforme en profondeur des pratiques et des organisations. Plusieurs départements expérimentent déjà des dispositifs innovants de coopération, avec des résultats encourageants sur la réduction des hospitalisations et l’amélioration du bien-être des jeunes.

Reste à transformer ces initiatives locales en politiques publiques ambitieuses, pour que plus aucun enfant placé ne soit laissé sans réponse face à ses souffrances psychiques.

 

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