L’obésité des jeunes devient la première forme de malnutrition mondiale, selon l’Unicef
Une bascule historique
Pour la première fois dans l’histoire moderne, l’obésité dépasse la sous-nutrition parmi les jeunes de 5 à 19 ans dans le monde. Le dernier rapport de l’Unicef, publié mardi, souligne une tendance alarmante : la malbouffe, les boissons sucrées et la sédentarité deviennent plus dangereux que la faim à grande échelle.
Selon l’enquête, plus d’un adolescent sur cinq est aujourd’hui en surcharge pondérale, soit près de 330 millions de jeunes. Les régions les plus touchées ne sont plus seulement l’Amérique du Nord ou l’Europe occidentale, mais également l’Afrique urbaine et l’Asie du Sud.
Les causes d’une épidémie silencieuse
Les experts pointent une mutation rapide des modes de consommation. Fast-foods accessibles, marketing agressif et disponibilité croissante de produits transformés dominent désormais les habitudes alimentaires. Dans de nombreux pays émergents, ces produits sont devenus plus abordables que les fruits et légumes frais. La pandémie de Covid-19 a accéléré la sédentarité et l’addiction aux écrans, aggravant les risques.
Le constat repose aussi sur l’évolution des mentalités : la surcharge pondérale est parfois perçue comme un signe de réussite sociale, surtout dans les classes moyennes en expansion.
Un problème étroitement lié aux inégalités
Paradoxe : l’obésité frappe aussi bien les sociétés riches que pauvres. Dans les pays développés, ce sont les familles modestes qui paient le prix fort : produits frais trop coûteux, manque de temps, conditions de vie défavorables. Dans les pays en développement, ce sont les grandes villes qui concentrent la progression, avec des environnements alimentaires saturés en produits industriels.
Les conséquences médicales et sociales
L’Unicef alerte sur une explosion des maladies chroniques liées au surpoids : diabète de type 2, hypertension artérielle, troubles cardiovasculaires. Plusieurs systèmes de santé risquent d’être débordés par des pathologies traditionnellement associées aux adultes, mais désormais présentes chez des enfants et des adolescents.
Au-delà de la santé physique, l’impact mental est considérable : isolement, harcèlement scolaire, stigmatisation. L’obésité devient un facteur d’inégalités et de mise à l’écart, accentuant le malaise des jeunes générations.
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Les recommandations de l’Unicef
L’organisation appelle les gouvernements à adopter des politiques drastiques : régulation du marketing alimentaire visant les mineurs, taxation des boissons sucrées, limitation des produits ultra-transformés à l’école, promotion du sport et de la marche urbaine. Des initiatives locales existent déjà, comme au Mexique avec la taxe soda, ou en France avec des programmes de sensibilisation. Mais leur impact global reste insuffisant.
L’OMS, qui co-signe le rapport, évoque une « bombe sanitaire à retardement » si rien n’est mis en place dans les dix prochaines années.
Vers une redéfinition de la lutte contre la faim
Cette inversion des courbes questionne aussi la définition de la malnutrition. Longtemps réduite au manque de calories, elle s’étend désormais à la surabondance et au déséquilibre alimentaire. L’idée qu’un enfant bien nourri est forcément en bonne santé ne tient plus.
La bataille mondiale contre l’obésité infantile pourrait devenir une priorité sanitaire du XXIe siècle, au même titre que la lutte contre le tabac.
