Fin de vie : l’aide à mourir franchit une étape décisive à l’Assemblée
Introduction
C’est un débat de société qui traverse la France depuis des décennies et qui, en ce printemps 2025, franchit un cap historique : l’Assemblée nationale a adopté en commission un texte ouvrant la possibilité d’une aide à mourir pour les patients atteints de maladies incurables et en grande souffrance. Cette avancée législative, fruit de longues années de mobilisation, de témoignages poignants et de débats éthiques, marque un tournant dans la manière dont la société française envisage la fin de vie. Entre progrès des droits individuels, inquiétudes sur les dérives possibles et nécessité de renforcer les soins palliatifs, retour sur une étape décisive et sur les enjeux qui restent à trancher.
Un texte attendu, un débat passionné
Depuis la loi Leonetti-Claeys de 2016, la France avait déjà fait évoluer sa législation sur la fin de vie, autorisant la sédation profonde et continue dans certains cas. Mais la question de l’aide active à mourir – c’est-à-dire la possibilité pour un patient de recevoir ou de s’administrer une substance létale – restait taboue, divisant profondément la société, les médecins, les familles et les responsables religieux.
Après des mois de travaux en commission, d’auditions d’experts et de débats publics, la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a adopté un texte qui prévoit :
- L’ouverture de l’aide à mourir pour les patients majeurs, atteints d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale, dont le pronostic vital est engagé à court terme et qui présentent des souffrances réfractaires.
- Une procédure encadrée : demande écrite du patient, avis collégial de médecins, délai de réflexion, possibilité de rétractation à tout moment.
- L’implication des proches et la prise en compte de leur avis, sans qu’ils puissent s’y opposer formellement.
- Le renforcement des soins palliatifs, avec un plan d’investissement massif pour garantir un accès effectif à l’accompagnement de fin de vie sur tout le territoire.
Les arguments des partisans
Pour les défenseurs du texte, il s’agit d’un progrès majeur pour la liberté individuelle et la dignité des patients.
Ils mettent en avant :
- Le respect de la volonté du patient, qui doit pouvoir choisir sa fin de vie.
- La nécessité de soulager des souffrances insupportables, que la médecine ne parvient pas toujours à apaiser.
- La fin de l’hypocrisie des départs à l’étranger, notamment en Belgique ou en Suisse, pour bénéficier d’une aide à mourir.
- L’encadrement strict de la procédure, qui doit éviter toute dérive.
De nombreux témoignages de patients, de familles et de soignants ont ému l’opinion publique et convaincu une majorité de députés de la nécessité de légiférer.
Les inquiétudes des opposants
Mais le texte suscite aussi de vives inquiétudes :
- Les représentants de certaines religions (catholique, musulmane, juive) dénoncent une « transgression éthique majeure » et redoutent une banalisation de l’euthanasie.
- Des médecins et des philosophes alertent sur le risque de pression sociale ou familiale sur les personnes vulnérables, notamment les personnes âgées ou handicapées.
- D’autres estiment que la priorité doit rester le développement des soins palliatifs, encore trop inégalement répartis sur le territoire.
Le débat a parfois été très tendu à l’Assemblée, où certains députés ont tenté d’introduire des amendements restrictifs, sans parvenir à remettre en cause l’équilibre du texte.
Un encadrement strict
Pour rassurer, le texte prévoit un encadrement très strict :
- Seuls les patients en phase terminale, dont le pronostic vital est engagé à court terme, peuvent demander l’aide à mourir.
- La demande doit être formulée par écrit, de manière libre et éclairée, et confirmée après un délai de réflexion.
- Un collège de médecins doit vérifier l’éligibilité et l’absence de pression extérieure.
- Le patient peut se rétracter à tout moment.
- Les proches sont consultés, mais ne peuvent s’opposer à la volonté du patient.
Le renforcement des soins palliatifs
Le gouvernement a insisté sur le fait que l’aide à mourir ne devait pas se substituer aux soins palliatifs, mais les compléter.
Un plan d’investissement de 500 millions d’euros sur cinq ans est prévu pour :
- Créer de nouveaux lits en unités de soins palliatifs,
- Former davantage de médecins et d’infirmiers spécialisés,
- Améliorer l’accès à la prise en charge de la douleur et au soutien psychologique.
L’objectif est de garantir que chaque patient, où qu’il vive, puisse bénéficier d’un accompagnement digne et humain.

Les prochaines étapes
Le texte doit maintenant être examiné en séance plénière à l’Assemblée, puis au Sénat.
Des amendements sont attendus, notamment sur l’étendue des critères d’éligibilité et sur le rôle des médecins.
Le gouvernement espère une adoption définitive avant la fin de l’année, mais le débat promet d’être intense.
Un tournant pour la société française
La France rejoint ainsi le cercle restreint des pays ayant légalisé une forme d’aide à mourir (Belgique, Pays-Bas, Suisse, Espagne).
Pour de nombreux observateurs, c’est une avancée majeure des droits individuels, mais aussi une responsabilité collective nouvelle.
Le gouvernement promet un « accompagnement éthique » et un contrôle strict, pour éviter toute dérive.
Conclusion
L’adoption en commission du projet de loi sur l’aide à mourir marque un tournant dans l’histoire sociale et éthique de la France.
Entre liberté individuelle et protection des plus vulnérables, la société française doit trouver un équilibre.
Le débat ne fait que commencer, mais une page se tourne déjà dans la manière d’envisager la fin de vie.
