Corse-du-Sud : alerte sécheresse, vers une politique nouvelle de l’eau ?
Le 17 juillet 2025, la préfecture de Corse-du-Sud place officiellement le département en alerte sécheresse. Restrictions d’arrosage, interdiction de remplir les piscines, limitation du lavage auto et nautique : la carte des interdictions s’étend, le spectre de la crise hydrique s’invite dans tous les débats insulaires et au-delà. C’est l’occasion de s’interroger sur la mutation, quasi-structurelle, de la gestion de l’eau dans la France contemporaine.
Chronique d’une crise annoncée
Depuis avril, la succession d’épisodes de chaleur précoce et l’absence de précipitations dans le sud de la Corse ont vidé nappes phréatiques et barrages. Les paysans alertaient en mai ; les associations environnementales redoutaient l’été ; les gestionnaires du tourisme affichaient leur inquiétude – à juste titre. La préfecture brandit aujourd’hui la dimension “exceptionnelle, mais structurelle” de la crise : « Ce n’est plus un accident, mais la nouvelle norme de notre siècle ».
Le “choc de l’eau” : conflits d’usages et citoyenneté environnementale
Entre agriculteurs, collectivités locales, gestionnaires de campings et associatifs, la tension monte : chaque goutte compte, chaque arbitrage fait jurisprudence. Certains maires prennent la parole : “On ne peut plus gérer comme il y a vingt ans.” Les riverains s’adaptent : récupération des eaux de pluie, irrigation alternative, sanctions contre les gaspillages de voisins ou de grands hôtels.
La sécheresse devient accélérateur de mutation : nouveaux métiers (agents hydro-écologues), émergence de la concertation citoyenne, multiplication des conseils de gestion intégrée dans les villages et même sur les plages fréquentées.
Innovation, résilience et politiques publiques
La Corse est à la fois laboratoire et lanceur d’alerte : capteurs connectés, cartographie dynamique des sources, applications de “monitoring” grand public, comités de suivi décentralisés : les collectivités insulaires testent sur le terrain des solutions avancées, parfois en lien avec les universités du continent.

Au ministère de l’Écologie, la Corse éclaire la préparation du futur “plan eau” national : investissement, adaptation de la fiscalité, redéfinition du service public de l’eau. Le Parlement prépare un débat sur l’éventuelle obligation de rationnement sectoriel, pendant que l’Assemblée de Corse réclame une autonomie accrue dans la gestion du patrimoine aquatique.
L’eau, nouvelle matière politique
Le débat change de nature : ce n’est plus seulement la quantité mais la qualité, plus seulement la nature mais la culture des usages collectifs qui structure la prise de décision. Comment garantir aux éleveurs, aux entreprises et aux citoyens un accès juste ? Peut-on préserver, voire reconstituer, un patrimoine hydraulique adapté au bouleversement climatique ? La Corse, avec sa carte postale de “réserve méditerranéenne”, devient emblème d’une France qui doit repenser ses instruments, ses réflexes, ses imaginaires.
Une crise qui recompose l’imaginaire insulaire
La littérature corse s’en empare, l’art contemporain expose les réservoirs asséchés, les podcasts locaux sensibilisent la jeunesse. La sécheresse 2025 entre dans la mémoire collective, pousse les élus comme les citoyens à sortir du déni. Un “pacte hydrique” est déjà en discussion entre instances publiques, acteurs économiques et associations écologiques insulaires.
La crise est durable, exigeante, mais la Corse entend en faire un levier d’innovation, de solidarité et de transmission à l’échelle nationale.
