L’Or Papier vs L’Or Physique : La menace d’un découplage systémique sur la valeur refuge
Par la Rédaction Financière d’OMONDO 24 Londres / Zurich, le 20 décembre 2025
En ce solstice d’hiver 2025, le marché de l’or traverse une zone de turbulences inédite qui interroge les fondements mêmes de la finance mondiale. Alors que le cours de l’once a franchi le cap historique des 4 000 dollars en octobre dernier, une fracture béante se dessine entre l’or « papier » — les produits dérivés et contrats à terme échangés sur les places de Londres (LBMA) et Chicago (COMEX) — et l’or physique, celui des lingots et des pièces stockés dans les coffres souverains. Pour les intellectuels de la finance, cette tension n’est pas un simple ajustement de marché, mais le signe d’un risque de rupture de liquidité systémique.
L’illusion de la liquidité infinie
Pendant des décennies, le marché de l’or papier a servi de régulateur de prix, permettant aux investisseurs institutionnels de s’exposer au métal jaune sans les contraintes logistiques de la détention physique. Cependant, le volume des contrats papier dépasse aujourd'hui de plus de 200 fois la quantité d'or réellement disponible à la livraison dans les entrepôts certifiés. En 2025, sous la pression des tensions géopolitiques et de l'incertitude sur la dette américaine, un nombre croissant de fonds souverains, notamment issus des BRICS+, ont commencé à exiger la livraison physique de leurs positions.
Cette demande de conversion physique crée un « squeeze » technique. Si une part, même minime, des détenteurs de certificats demandait simultanément ses lingots, les places boursières se retrouveraient en défaut technique. C’est cette menace qui plane sur la stabilité du système : le prix affiché sur les écrans de Bloomberg pourrait ne plus refléter la réalité du coût d’acquisition d’un lingot réel, créant un marché à deux vitesses où le physique s’échange avec des primes de 15 % à 20 %.
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Le retour des banques centrales et la dé-dollarisation
Le moteur de cette crise est avant tout politique. En 2025, les banques centrales ont acheté plus de 1 200 tonnes d’or, un record absolu. La Chine, l’Inde et la Turquie ne se contentent plus d’accumuler des réserves ; elles rapatrient l’or stocké à l’étranger (notamment à la Fed de New York) vers leurs propres sols. Ce mouvement témoigne d’une méfiance profonde envers les actifs financiers dématérialisés libellés en dollars.
Pour l’investisseur VIP, la leçon est claire : dans un monde où la signature d’un État peut être remise en cause, seul l’actif tangible offre une protection ultime. Les coffres-forts privés en Suisse et à Singapour affichent complet, tandis que les banques d’affaires tentent désespérément de rassurer sur la solidité de leurs collatéraux papier. La bataille pour la « possession réelle » est engagée, et elle pourrait bien redéfinir la hiérarchie des valeurs refuges pour la décennie 2026.
