Politique

Force régionale dans l’Est de la RDC : une solution ou un piège ?

Force régionale dans l’Est de la RDC : une solution ou un piège ?

Le président kenyan et président en exercice de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC), Uhuru Kenyatta, a appelé mercredi dans un communiqué à l’activation de la force régionale de l’Afrique de l’Est. Avec cette force, la RDC peut-elle s’attendre à la pacification de sa partie orientale ou s’attire-t-elle de nouveaux ennuis. Décryptage.

 

Uhuru Kenyatta ne veut pas perdre du temps. Il souhaite un « déploiement immédiat » de cette force régionale dans les provinces d'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu afin de « stabiliser la région et rétablir la paix ».

Dès ce dimanche, les responsables militaires des sept pays membres de l’EAC doivent se retrouver afin de préparer ce déploiement.

L’activation de cette force est proposée au moment où le Rwanda, sous la casquette du M23, agresse une fois de plus son voisin la RDC dans la province du Nord-Kivu. L’Ouganda, malgré la présence de ses militaires actuellement au Nord-Kivu et en Ituri aux côtés de l’armée congolaise pour traquer les terroristes d’ADF, a été également accusé d’avoir aidé le Rwanda à contrôler lundi la cité de Bunagana.

La RDC a adhéré à l’EAC en mars dernier. Voilà que, trois mois après, elle est appelée à devenir le terrain d’expérimentation d’une force régionale qui aura à son sein les éléments des pays qui ont toujours entretenu l’insécurité dans sa partie orientale. Félix-Antoine Tshisekedi et son gouvernement accepteront-ils cette offre militaire ? Jusqu’ici, Kinshasa semble donner chance à une solution régionale à sa crise sécuritaire. Ce n’est pas le Conseil supérieur de la défense qui donnera un signal contraire.

Inefficacité de la mission onusienne

Lors de sa réunion du mercredi, il a salué « les efforts de paix et de médiation engagés par le président angolais João Lourenço dans le cadre de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs et le président Uhuru Kenyatta, du Kenya, dans le cadre de la Communauté de l'Afrique de l'Est ». Mais aussi et surtout « réaffirmé la volonté de la RDC de poursuivre le processus de paix de Nairobi en cours, pour la pacification de l'Est de la RDC et de toute la sous-région ». 

Qui dit processus de paix de Nairobi dit forcément tout schéma tracé par Kenyatta. Mais pour bon nombre de Congolais, il n’est pas question d’autoriser une telle force régionale qui, en plus de la présence rwandaise ou ougandaise, ne donne aucune garantie d’efficacité.

Ce n’est pas la présence des forces internationales qui manque au pays. La plus importante mission des Nations unies (MONUSCO) au monde aligne 23 ans de présence sans jamais apporter la paix. Même quand elle est renforcée par les forces spéciales sud-africaine et tanzanienne de la Brigade d'intervention de la Force (FIB) avec un mandat offensif, elle s’est toujours montrée inefficace. « Complice », diraient d’autres congolais.

Eternel assisté   

« L'externalisation de notre devoir de protéger la terre et le peuple de la RDC à d'autres n'apportera jamais la paix dans la partie orientale du Congo. Nous rejetons fermement cette proposition d'Uhuru Kenyata d'accueillir les troupes de l'EAC en RDC. Que peuvent-ils faire de mieux que la MONUSCO après 26 ans ? », tweete le Congolais Christian Nyamabo.

Stratégiquement, si l’efficacité de la force de l’EAC est sujette à caution, symboliquement la RDC a aussi à perdre. L’image, la mauvaise, que le pays va transmettre une fois de plus au monde entier sera celle de son incapacité à garantir, seul, la sécurité de ses frontières et de sa population. De quoi perpétuer la réputation d’un éternel assisté. En plus, mal assisté. Les exemples d’un pays en paix avec les armées internationales dans son territoire sont difficiles à trouver.

 

Denise KAVIRA KYALWAHI