Remember : que ferait de Gaulle aujourd’hui ? Face à la crise du droit international
Introduction
Le général de Gaulle, figure tutélaire de la France contemporaine, demeure une référence incontournable dès qu’il s’agit de penser la souveraineté, l’indépendance et la voix singulière de la France sur la scène internationale. Mais que ferait de Gaulle aujourd’hui, à l’heure où le droit international semble plus fragile que jamais ? Entre la guerre en Ukraine, l’impuissance de l’ONU, la montée des puissances autoritaires et la crise du multilatéralisme, la tentation du retour à la « realpolitik » est forte. Ce dossier propose une plongée intellectuelle et stratégique dans la pensée gaullienne, pour éclairer les dilemmes contemporains et esquisser ce que serait une politique étrangère « à la de Gaulle » face à la crise du droit international.
- De Gaulle et l’ordre international : principes, pragmatisme et souveraineté
La souveraineté nationale, pierre angulaire du gaullisme
Pour de Gaulle, la souveraineté nationale n’est pas négociable. Il la place au sommet de la hiérarchie des valeurs politiques, estimant que la France ne peut exister que libre de ses choix, indépendante de toute tutelle étrangère, qu’elle soit américaine ou soviétique. Cette vision s’incarne dans la politique de la « chaise vide » à Bruxelles, dans le refus de l’intégration militaire au sein de l’OTAN, et dans la défense d’une politique étrangère indépendante, y compris face à ses alliés.
Le multilatéralisme critique
De Gaulle n’est pas un isolationniste. Il croit à la nécessité d’un ordre international fondé sur des règles, mais refuse toute supranationalité qui limiterait la liberté de la France. Pour lui, l’ONU est utile tant qu’elle respecte l’équilibre des puissances et la souveraineté des États. Il critique l’hégémonie des superpuissances, mais refuse aussi l’impuissance des institutions multilatérales.
La diplomatie de l’équilibre
Le gaullisme, c’est aussi la diplomatie de l’équilibre : dialoguer avec tous, refuser les blocs, chercher à jouer un rôle de médiateur. De Gaulle ouvre la France à la Chine de Mao, dialogue avec l’URSS, critique la guerre du Vietnam, tout en restant un allié loyal des États-Unis sur l’essentiel. Cette capacité à parler à tous, sans renier ses valeurs, demeure une source d’inspiration.

- De Gaulle face aux crises contemporaines
L’Ukraine et la Russie : indépendance stratégique ou solidarité occidentale ?
Face à l’agression russe contre l’Ukraine, de Gaulle aurait-il suivi la ligne de solidarité occidentale, ou aurait-il cherché à préserver une marge d’autonomie ? Probablement les deux : soutien à la souveraineté ukrainienne, refus de la logique des blocs, plaidoyer pour une solution politique et une architecture de sécurité inclusive en Europe. De Gaulle aurait sans doute cherché à préserver un canal de dialogue avec Moscou, tout en affirmant la fermeté sur les principes.
Le Proche-Orient : retour au « juste équilibre »
Au Moyen-Orient, la doctrine gaullienne du « juste équilibre » entre Israël et le monde arabe, la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la critique des interventions unilatérales garderaient toute leur pertinence. De Gaulle aurait plaidé pour une solution politique, la reconnaissance de deux États et le respect du droit international, sans alignement systématique sur Washington ou Moscou.
ONU et institutions internationales : réforme ou contournement ?
Face à l’impuissance de l’ONU, de Gaulle aurait sans doute appelé à une réforme profonde du Conseil de sécurité, à l’élargissement du cercle des grandes puissances, et à la défense du droit de veto comme garantie de l’équilibre mondial. Mais il n’aurait pas hésité à contourner les blocages, en multipliant les initiatives bilatérales et régionales.
III. Les outils du gaullisme aujourd’hui
La diplomatie de l’équilibre et des alliances souples
Dans un monde multipolaire, la France gaullienne privilégierait une diplomatie agile, fondée sur la diversification des partenariats : Europe, Afrique, Asie, monde arabe, Amérique latine. Elle chercherait à jouer un rôle de médiateur, à promouvoir la paix et la stabilité, tout en défendant ses intérêts vitaux.
La force de dissuasion : actualité et limites
La dissuasion nucléaire, pilier de l’indépendance stratégique voulue par de Gaulle, resterait centrale. Mais elle devrait être repensée à l’heure des menaces hybrides, du cyber et de la prolifération. La France pourrait proposer une « dissuasion partagée » à l’échelle européenne, tout en conservant la maîtrise ultime de sa force de frappe.
La voix singulière de la France
De Gaulle croyait à la « grandeur » de la France, non par nostalgie, mais par conviction que le monde a besoin de voix indépendantes. Aujourd’hui, cette singularité passerait par la défense du droit international, la lutte contre l’arbitraire, la promotion des droits humains et la capacité à dire non à l’unilatéralisme, d’où qu’il vienne.

- Les défis contemporains à la lumière du gaullisme
La crise du multilatéralisme et le retour des puissances
La fragmentation du système international, la montée des puissances régionales et la tentation du repli nationaliste rappellent le contexte des années 1960. De Gaulle aurait sans doute plaidé pour une Europe forte, capable de parler d’une seule voix, mais sans renoncer à sa souveraineté. Il aurait mis en garde contre la soumission aux intérêts américains ou chinois, tout en refusant l’illusion d’une autarcie française.
L’avenir du droit international : réforme, contournement ou dépassement ?
Face à la crise du droit international, de Gaulle aurait sans doute proposé une réforme ambitieuse des institutions, mais aussi une politique du fait accompli lorsque l’intérêt national l’exige. Il aurait privilégié le dialogue, la négociation, la médiation, mais sans naïveté sur la réalité des rapports de force.
Le défi de la légitimité et de l’exemplarité
De Gaulle savait que la crédibilité d’un pays repose autant sur sa puissance que sur son exemplarité. La France, pour peser, doit rester fidèle à ses principes, défendre l’État de droit, la justice internationale et la solidarité avec les peuples opprimés. C’est à ce prix qu’elle pourra continuer à jouer un rôle singulier sur la scène mondiale.
Conclusion
Que ferait de Gaulle aujourd’hui, face à la crise du droit international ? Il rappellerait sans doute que la souveraineté n’est pas un repli, mais la condition de l’indépendance et de la liberté. Il prônerait une diplomatie d’équilibre, une défense ferme des principes, mais aussi une capacité d’adaptation et de dialogue. Face à la tentation du cynisme ou de la résignation, il inviterait la France et l’Europe à retrouver confiance en elles-mêmes, à innover, à oser, à parler haut et fort pour la paix, la justice et la liberté.
