La tapisserie de Bayeux face à la controverse : une pétition massive s’oppose à son prêt au British Museum
Un débat brûlant agite le monde culturel français depuis plusieurs semaines : le projet de prêter la tapisserie de Bayeux, joyau du patrimoine médiéval français datant du XIe siècle, au British Museum de Londres à partir de septembre 2026. Une pétition en ligne lancée par Didier Rykner, directeur de la rédaction du site « La Tribune de l’Art », rassemble aujourd’hui plus de 45,000 signatures pour s’opposer à ce prêt historique.
Les pétitionnaires dénoncent principalement les risques importants encourus par cette œuvre fragile lors de son transport et de son exposition hors de son musée, situé à Bayeux. Selon les restaurateurs et experts impliqués dans sa conservation, la tapisserie, longue de 70 mètres et brodée sur une toile de lin, est extrêmement vulnérable aux manipulations, aux vibrations et aux variations de température et d’humidité, qui pourraient entraîner déchirures ou pertes de matière.
Malgré une étude de faisabilité réalisée en 2022, restée confidentielle, les arguments scientifiques sur la fragilité de la tapisserie sont largement partagés parmi les spécialistes. Cécile Binet, conseillère musées de la DRAC Normandie, affirmait dès février 2025 que tout déplacement majeur représentait un risque significatif pour la conservation de l’œuvre.

Le ministère de la Culture, pour sa part, justifie le prêt dans un cadre diplomatique et culturel fort, visant à renforcer les liens entre la France et le Royaume-Uni, tout en profitant d’un programme d’exposition ambitieux pour faire connaître ce trésor auprès d’un nouveau public. Le British Museum a annoncé que des précautions extrêmes seront prises pour assurer la sécurité et la protection de la tapisserie pendant toute la durée de l’exposition (jusqu’en juillet 2027).
En parallèle, le musée de Bayeux entamera une importante rénovation, fermant ses portes en septembre 2025 pour moderniser ses espaces d’exposition et accueillir à nouveau la tapisserie à l’issue du prêt. Ce chantier, estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros, vise à concilier préservation et accessibilité du public.
Cette controverse soulève des questions plus larges sur la responsabilité de la France dans la gestion de son patrimoine culturel, entre valorisation internationale et impératifs de conservation. Elle illustre aussi la tension fondamentale entre échanges culturels mondiaux et protection des biens uniques.
Au-delà du débat scientifique, cette polémique fédère une partie importante de l’opinion publique et des professionnels de la culture qui appellent à la prudence face à la mise en danger d’un des plus grands chefs-d’œuvre du Moyen Âge occidental.
